« 1 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 170-171], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9658, page consultée le 23 janvier 2026.
1er décembre [1835], mardi, 10 h. ½ du matin
Bonjour, mon adoré petit homme, comment vas-tu ? Moi, je me suis réveillée de très
bonne heure et puis je me suis rendormie jusqu’à 10h ¼. Lanvin n’est pas encore venu. J’espère qu’il ne tardera pas. Mon cher
petit bijou, je t’aime, je t’adore. Je ne te vois pas assez. Comment fais-tu pour
vivre tout ce temps-là sans moi ? Je sais bien, moi, qu’à moins d’être dans
l’impossibilité de t’aller rejoindre, je ne pourrais pas y tenir.
Tu m’as promis
de venir de bonne heure savoir si Lanvin
était venu. Je compte sur cet incident pour te voir quelques heures plus tôt.
Je
t’aime, mon amour, mon adoré, je t’aime. Comprends-tu tout ce qu’a de force ce mot
dans ma bouche ? Je t’aime. Cela veut dire, je suis à toi
corpsa et âme, je ne pense et ne vis
que de ta pensée. Je suis à toi entière et pour toujours. À bientôt, je l’espère.
a « corp ».
« 1 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 172-173], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9658, page consultée le 23 janvier 2026.
1er décembre [1835], mardi soir, 8 h. 20 m.
Mon cher petit homme, je vous vois à peine et encore me faut-il vous raconter des
bêtes de pièces ou vous tenir la bougie pendant que vous
écrivez, ce qui peut être très vertueux mais pas du tout amusant pour le cœur quand
il
est pris d’amour comme l’est le mien.
Plus nous allons et plus il me semble que
nous nous voyons moins qu’autrefois. Si cela continue, il n’y a pas de raison pour
que
nous nous devenions parfaitement étrangers, tant nos entrevues deviennent de plus
en
plus rares et courtes.
Je désire vivement me rapprocher de vous, et pour cela je
vous prie et au besoin je vous somme de venir tous les jours et toute la journée voir
votre pauvre Juju qui souffre et qui languit sans son Totoa.
Mon cher petit homme, je
suis vraiment fâchée que ces objets dont la nécessité nous oblige à nous servir ne
soient pas plus beaux et de meilleur goût. Cependant, si tu les trouves tout à fait
vilainsb, il ne faut pas les
donner. Nous ferons comme nous pourrons, mais ne te gêne pas pour les renvoyer là
où
ils étaient.
Si tu savais comme je t’aime, mon petit Toto, tu serais bien
heureux et tu viendrais bien vite. C’est que je t’aime, vois-tu.
J.
a « san son Toto ».
b « vilain ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
