« 26 novembre 1860 » [source : BnF, Mss, NAF 16381, f. 304], transcr. Amandine Chambard, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10167, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 26 novembre 1860, lundi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon cher bien-aimé ; bonjour mon adoré petit homme ; bonjour, ne bougez pas
et dormez la grasse matinée, c’est ce que vous avez de mieux à faire par ce temps
PÉRISSABLE, comme on dit en Guernesey. J’espère que malgré la tempête continue tu
as
passé une bonne nuit, mon cher bien-aimé, et que tu te portes bien, bien, bien ce
matin ? Quant à moi je vais de charme et je ne m’aperçois du mauvais temps qu’à
travers mes vitres et par le tuyau de ma cheminée dans lequel le vent s’engouffre
avec
fureur. Du reste je n’en éprouve aucune mauvaise influence et je me porte mieux que
le
Pont-Neuf. Je serai très heureuse s’il en est de même pour toi. Jusqu’à ce que je
m’en
assure moi-même DE VISU, d’auditu, de touchu et de baisu, je tâche de me faire par
avance une bonne petite joie anticipée en désirant de tout mon cœur que tout t’arrive
à souhait : santé, gloire, bonheur et mon amour par surcroît.
Je te fais
souvenir, babillage faisant, que tu ne m’as pas donné de nouvelle COPIRE. Il est vrai que j’ai mes petits livres comme
bonheur d’attente et à ce sujet il m’est bien difficile de ne pas m’attrister très
sérieusement à la pensée que tu dois en donner un à Mlle Alphonsine. Cette faveur ou
plutôt ce dépôt que je croyais que tu ne ferais qu’à moi seule et exclusivement, perd
beaucoup de son charme et de son importance du moment où tu en fais une banale
galanterie offerte à la première venue. J’aimerais presque mieux que tu les reprenne
tous et qu’il n’en soit plus question jamais entre nous car ces choses-là sont pour
moi TOUT ou RIEN selon que tu me les donne au nom de notre amour ou que tu les
PARTAGES au nom de la FLIRTATION banale.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo se replonge dans son manuscrit des Misérables. Juliette attend impatiemment qu’il lui donne à copier.
- 12 juinElle part à Jersey, où Hugo la rejoint le surlendemain, pour un meeting de soutien à Garibaldi.
- 19 juinRetour à Guernesey.
- 30 décembreHugo se remet aux Misérables.
