12 avril 1846

« 12 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 369-370], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4877, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon petit Toto, bonjour ma fête, bonjour mon Dieu, bonjour ma joie. Je ne sais pas si je te verrai de bonne heure aujourd’hui mais je sais très bien que je te désire de toutes mes forces et que je serai bien heureuse si tu viens plus tôt que d’habitude. C’est aujourd’hui que je devrais voir le fils Krafft à moins que sa mère n’ait encore ajourné ou renoncé à son voyage1. Ce serait ce qu’elle aurait de mieux à faire si elle avait le sens commun, mais je ne l’espère pas. Quant à moi, je suis très décidée à me tenir le plus en dehors possible de ses affaires. Je ne me pardonnerai pas de te compromettre de près ou de loin par ma faute, aussi sans lui refuser tous les services possibles, à part ceux qui t’engageraient autant et plus que moi, je les lui rendrai avec ton consentement et de tout mon cœur mais je ne ferai rien au-delà. Je crois que je suis dans le vrai et dans le juste en parlant ainsi, n’est-ce pas mon adoré ? Mardi soir j’aurai ma fille que je garderai jusqu’à jeudi matin. Si Mme Luthereau est là, elle pourra voir par elle-même que ma fille n’est pas dans un état de santé parfait. En attendant, il faut qu’elle demeure hors de chez moi, voilà ce qui est indispensable. Et puis je remplis mes gribouillis de tout cela tandis que j’ai des millions de baisers à te donner.

Juliette


Notes

1 Laure Krafft, amie de Juliette Drouet, a eu deux enfants hors-mariage dans sa jeunesse, puis s’est mariée avec Jean Luthereau, et vit avec lui à Bruxelles. Elle projette une visite à Paris pour une affaire délicate dont on ignore la nature exacte. Juliette veut lui venir en aide sans risquer sa réputation. Elle lui cherche donc un logement pour éviter de l’héberger.


« 12 avril 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 371-372], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4877, page consultée le 24 janvier 2026.

Te voilà parti, mon bien-aimé et tu emportes avec toi ma joie et mon bonheur. Je tremble que ce ne soit pour longtemps et que je ne te revoie plus que bien avant dans la nuit ? Je ne veux pas m’appesantir sur cette maussade possibilité pour conserver le plus possible l’impression douce et charmante que m’ont laissée les quelques instants que tu viens de passer auprès de moi. Merci, cher adoré, merci, mon doux aimé, tu m’as rendue bien heureuse tout à l’heure. Je veux tâcher de conserver cette joie jusqu’au moment où je te reverrai. Hélas ! pourvu que ce ne soit pas dans trop longtemps. Depuis que tu es parti, ma cheminée ne fume plus, c’est toujours comme cela que les choses arrivent. Si je pouvais lui tirer le nez, je le ferais avec enthousiasme pour lui apprendre à avoir plus d’intelligence une autre fois et à respecter tes beaux yeux adorés. Elle ne devrait fumer que pour la délicieuse Mlle Féau ou la délirante Mme Triger. Quand on parle de Mlle Féau, on en voit l’horrible nez. Elle vient de venir avec sa sœur et aussi de s’en aller, Dieu soit béni. Voici Eugénie que je renvoie chercher son fils et sa fille de boutique à la Place Royale. Je les invitea tous à dîner, c’est-à-dire à manger mon bœuf. Je croyais être seule toute la soirée, je suis contente de m’être trompée et d’avoir la compagnie de ma pauvre filleule qui est en même temps une excellente femme.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « invites ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.