« 9 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 15-16], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12016, page consultée le 24 janvier 2026.
9 juillet [1845], mercredi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher amour bien aimé, bonjour, mon
bien, ma vie, ma joie, mon âme, mon Dieu, mon tout. Bonjour, comment
vas-tu ce matin ? Comment va ton cher petit pied adoré ? Comment vont
tes beaux yeux ? Comment m’aimes-tu ? Moi je vais très bien vu l’état de la chose. Je peux presque me tenir
sur mon séant et j’en profite tout de suite pour me donner le bonheur de
te gribouiller un petit bonjour amoureux. Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, jour, je t’aime. Je vais reprendre tout à l’heure ma chère petite
fonction auprès de votre eau pour les yeux. Depuis deux jours que je
n’ai pas pu la faire, j’étais toute triste et toute jalouse. Triste,
parce que je crois qu’on n’y apporte pas les mêmes soins que moi.
Jalouse, parce qu’il me semble que c’est un vol qu’on fait à mon amour.
Mais à partir de tout à l’heure, je rentre dans tous mes droits. Je me
suis résignée par excès de prudence à rester dans mon lit jusqu’après
déjeuner. Mais une fois sortie du lit, je me considère comme guérie de
fond en comble.
Mon Victor chéri, mon
bien-aimé, ma joie, que c’est donc bon de t’écrire : il me semble que je
bois frais et que mon pauvre cœur se dilate. Je suis presque aussi
contente que si je te voyais, pas tout à fait autant. Cependant rien ne
vaut ton sourire et ta douce voix. Mais pouvoir te dire que je t’adore a
bien son charme aussi.
Juliette
« 9 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 17-18], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12016, page consultée le 24 janvier 2026.
9 juillet [1845], mercredi après-midi, 3 h. ½
J’espère, mon doux aimé, que ce n’est pas ton pied qui t’empêche de venir
plus vite ? Je m’étais dépêchée de faire ton eau pensant que j’aurais
peut-être le bonheur de te voir dans la matinée. Mais cela ne m’a pas
beaucoup réussi comme tu vois. Du reste je vais aussi bien que cela peut aller, l’époque étant donnée. Je n’y
veux plus faire attention, persuadée que je suis que cela s’en ira de
soi-même à la longue.
J’ai écrit tantôt à Granger pour qu’il m’envoie demain
un solde de tout compte. J’attends tout à
l’heure ma blanchisseuse, c’est-à-dire qu’avant demain j’aurai dépensé
tout l’argent que tu m’as donné. Je n’en fais pas d’autre depuis un bout
de l’année jusqu’à l’autre. Je voudrais bien trouver une manière plus
économe et moins monotone. Cela n’est pas facile car je n’y suis pas
encore parvenue malgré le désir que j’en ai.
Quelque part que tu
sois, mon bien-aimé adoré, je t’envoie ma pensée, mes baisers et mon
âme. Si tu travailles, je respecte ta préoccupationa. Si tu es occupé
d’affaires du monde ou de politique, je te
tire par l’oreille pour [illis.] à écouter ma prière qui te supplie de
venir le plus tôt possible recevoir mes caresses et mes baisers.
Juliette
a « préocupation ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
