5 juillet 1845

« 5 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 7-8], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12014, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, mon cher amour, comment vas-tu aujourd’hui ? M’aimes-tu ? Tu es resté bien peu de temps cette nuit, cependant j’étais bien éveillée. C’est que tu n’auras pas pu rester davantage, mon Toto, car tu paraissais bien préoccupéa1. Depuis quelque temps, tu l’es beaucoup, ce qui raccourcit encore les moments déjà trop courts que tu me donnes. Je n’ai même pas l’espoir que cela finisse bientôt, puisqueb tu dis qu’après la session2, il faudra que tu travailles. Je ne sais pas alors ce que je deviendrai. Je tâcherai d’être courageuse et de ne pas ajouter à la fatigue de ton travail par des jérémiades continuellesc.
Cher bien-aimé, je t’écris tard parce que je veux faire ta tisaned de bonne heure pour lui donner le temps de se refroidir et on profite de ce feu-là pour faire le déjeuner tout de suite. Je n’ai pas besoin d’avoir recours à mes informes pattes de mouches pour penser à toi et pour t’aimer. Toutes mes pensées sont à toi, toute ma vie et tout mon amour sont à toi. Que je dorme ou que je veille, je pense à toi. Cette nuit je ne t’ai pas quitté... en rêve. Pourquoi me suis-je réveillée ? ...
Mon Victor chéri, je t’attends. Tâche de venir bien vite et de n’être pas triste comme ces jours derniers. Je te désire, je te baise, je t’attends, je t’adore.

Juliette


Notes

1 « Selon la chronologie traditionnelle, ce serait cette nuit-là que Hugo aurait été pris en flagrant délit d’adultère avec Léonie Biard. » (Blewer, p. 95). Selon les sources, Victor Hugo aurait été surpris en flagrant délit d’adultère avec Léonie Biard dans une chambre du passage Saint-Roch, dans la nuit du 4 au 5 juillet, ou bien le 3 juillet au soir. L’absence des lettres de Juliette du 3 et du 4 juillet 1845 n’aide guère à établir la véritable date. En tant que pair de France, Victor Hugo échappe à l’arrestation, mais Léonie Biard est arrêtée et menée à la prison Saint-Lazare. Les jours suivants cet événement, Victor Hugo veille à ce que Juliette Drouet ne lise pas les journaux qui s’emparent rapidement de cette histoire.

2 « La session du Parlement. Depuis le 13 avril, Hugo est pair de France. » (Blewer, p. 95).

Notes manuscriptologiques

a « préocupé ».

b « puis ce que ».

c Paul Souchon arrête ici la transcription.

d Paul Souchon arrête ici la transcription.


« 5 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 9-10], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12014, page consultée le 26 janvier 2026.

Si tu savais, mon bien-aimé, l’effet que me fait une journée passée sans te voir, tu ne me laisserais jamais un jour sans venir au moins une fois quelles quea soient tes occupations. Je souffre de tout le corps comme si j’étais dans le feu. Je viens de faire venir un bain pour me rafraîchirb le sang. Peut-être viendras-tu pendant que je serai dedans. Je le désire sans trop oser y compter. Eulalie vient de partir chercher Claire. Elle ne viendra plus maintenant que d’aujourd’hui en quinze. Je t’ai fait acheter une provision de pavots à la halle ce matin, mais il n’y avait pas encore de lavande. Du reste, mon pauvre adoré, il faudra que tu me donnes de l’argent si tu ne veux pas que je touche à la réserve. Je suis vraiment honteuse de te demander toujours. Il me semble que je dois t’ennuyer et te paraître une gaspilleuse. Cependant je fais bien attention à mes dépenses. Si j’en fais d’inutiles ou de surabondantes, c’est à mon insuc. Quant à moi personnellement, il est presque impossibled d’en faire moins. Tout cela n’empêche pas que ma maison ne soit fort lourde et ne doive te peser beaucoup. Je le sens jusque dans le bout des ongles. Encore si je te rendais heureux.... Mais j’en doute souvent, ce qui fait mon supplice.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « quelques ».

b « raffraîchir ».

c « à mon insçu ».

d « presqu’impossible ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.