« 18 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 179-180], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11510, page consultée le 24 janvier 2026.
18 décembre [1843], lundi matin, 9 h. ¾
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour, bonjour toi,
bonjour vous, bonjour Toto. Comment vont tes pauvres yeux ce matin ? Tu devrais venir
les baigner tout de suite, cela te les rafraichirait et cela me ferait grand bien
à
moi qui ne te vois presque plus du tout. Ma péronnelle vient de s’en aller seulement
à
présent. C’est la mère Lanvin qui la
conduit. Elle part assez courageusement, j’ai réussi à lui redonner de la gaieté et
du
cœur au ventre. J’espère que cette petite provision lui
durera jusqu’au samedi en quinze. Cette pauvre enfant a une passion de la maison qui
ne peut s’attribuer qu’à l’affection qu’elle a pour nous car Dieu sait que ce ne sont
pas les plaisirs et les distractions qu’elle y trouve qui l’attirent.
Mon Toto
bien-aimé je t’aime. Il n’y a pas de mots assez expressifs pour te dire combien je
t’aime. C’est bien plus que toute mon âme, c’est plus fort que l’amour d’une mère
pour
son enfant, plus respectueux que l’amour d’une fille pour son père, plus tendre que
celui d’une femme pour son amant, plus sublime et plus saint que l’amour des anges
pour Dieu. Je t’aime mon Victor, je t’aime. Dans ces deux mots-là il y a toute ma
vie
et toute mon âme. Pense à moi, mon Toto chéri, je le sentirai et cela me donnera du
courage pour t’attendre.
Juliette
« 18 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 181-182], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11510, page consultée le 24 janvier 2026.
18 décembre [1843], lundi soir, 6 h. ¼
Où es-tu, où es-tu, mon cher bien-aimé, pour que j’aille baiser tes chers petits
pieds ? Je te désire et tu ne viens pas. Pauvre ange, je sais que tu travailles. Je
voudrais baigner tes yeux de baisers pour les calmer, je voudrais couvrir tout ton
ravissant petit corps de mes caresses pour que tu ne sentes pas la fatigue. Je t’aime
mon Victor adoré, ô je t’aime.
Je suis toute seule mon Toto, ma péronnelle a été
rebouclée ce matin. J’ai vu ma mère Lanvin
après l’opération. Je lui ai demandé ce qui s’était passé hier chez Pradier. Elle m’a dit qu’il avait été très occupé et
très préoccupé pendant le temps de leur visite mais que cependant il avait été très
affectueux pour sa fille, qu’elle attribuait la tristesse de Claire à l’espèce de refus que son père lui avait
fait de son portrait. Voilà, mon Toto, à peu près la vérité car je soupçonne la mère
Lanvin de matelasser les torts de Pradier
envers sa fille vis-à-vis de moi. Au fond elle sait bien à quoi s’en tenir et moi
aussi. Du reste elle fait très bien, c’est une bonne femme.
Mon Dieu que je
voudrais donc te voir, mon adoré, je t’ai vu si peu hier et la journée a été si longue
et si triste aujourd’hui que tu ferais bien de tâcher de venir tout de suite.
Depuis hier j’ai de très violents maux d’estomac, je ne sais pas à quoi cela tient.
Je
crois que j’aurais besoin de marcher un peu, voilà quinze jours que je ne suis pas
sortie.
7 h. ¼
Je t’ai vu quelques minutes, mon adoré, et dans si peu de temps tu as trouvé moyen de me dire les choses les plus consolantes, les plus rassurantes, les plus douces et les plus sublimes qui soient jamais sorties des lèvres humaines. Sois béni mon adoré autant que je t’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
