« 24 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 241-242], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10776, page consultée le 25 janvier 2026.
24 octobre [1843], mardi matin, 9 h.
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher amour. Tu n’es pas venu encore cette
nuit, et quoi que ce soit ton habitude depuis longtemps, je ne peux pas m’empêcher
d’être inquiète pour ta santé. Tu étais un peu souffrant hier. Est-ce que cela ne
va
pas mieux ? Ton Charlot serait-il plus
malade ? J’ai beau me raisonner et me dire que ton indisposition et celle de ton fils
n’ont rien de grave, que tu ne viens pas le matin, que tu ne viens pas depuis plus
de
quinze jours, j’ai toujours au fond du cœur une pointe d’inquiétude que je ne peux
pas
extirper. Je ne veux pas te gronder cher enfant, mais tu n’es pas gentil de me laisser
te désirer et t’attendre si longtemps en vain. Vous mériteriez que je vous dise que
votre petit arrangement n’est pas charmant mais je ne veux pas mentir et je vous
avouerai qu’il est ravissant. Il fait aussi bien au jour qu’à la nuit et peut-être
même encore mieux. Je ne trouve pas les glands criards du tout. Tâchez de les venir
voir au jour pour en juger par vos beaux yeux.
Je suis plus que jamais de l’avis
de ne pas mêler les dessins de Nanteuil avec les vôtres. On en mettra dans les deux
cadres si vous voulez mais je désirerais que les vôtres fussent seuls. Cependant,
je
ferai ce qu’il vous plaira en cette circonstance comme en tout et comme toujours.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime. Je ne sais pas quand vous me donnerez l’occasion de vous le
prouver autrement que par des pattes de mouche sur du papier blanc. Je suis un peu
lasse de ce régime peu nourrissant et peu récréatif. Vous ferez très bien de m’en
faire changer le plus tôt possible. D’ici là, je bisque, je rage, je mange du fromage
depuis le matin jusqu’au soir, et depuis le soir jusqu’au matin. Taisez-vous vilain.
Je vous jouerai toutes sortes de vilains airs pour vous apprendre à me dire toujours
la même chanson. Baisez-moi tout de suite et tâchez de m’aimer si vous ne voulez pas
faire connaissance avec mon grand couteau. Je vous attends avec toute l’impatience
dont je suis susceptible.
Juliette
« 24 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 243-244], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10776, page consultée le 25 janvier 2026.
24 octobre [1843], mardi soir, 9 h.
Vous êtes bien joli, mon Toto, et je n’aurais fait qu’une bouchée de vous si vous
étiez resté une seconde de plus. Mais vous êtes bien prudent et vous vous êtes en
aller tout de suite. J’ai l’espoir que la nécessité d’écrire et de répondre à ce tas
énorme de lettres vous fera venir plus tôt ce soir mais hélas ! j’aurais bien peu
de
bénéfice à faire sur ce pauvre petit moment que vous passerez auprès de moi. C’est
égal, j’aime encore mieux ça que rien. Au moins je vous vois. Si ça n’est pas tout
à
fait mon bonheur, ça l’effleure de très près. Venez donc bien vite mon cher
adoré !
Je viens de copier la lettre de Lamartine>. Je ne saurais pas dire laquelle des deux lettres, la
tienne ou la sienne, est la plus noble et la plus touchante. Pauvres pères désolés,
que le bon Dieu ait pitié de vous. Il faut pourtant que je prenne sur moi de finir
cette narration des trois derniers jours de notre voyage. Je recule toujours devant
le
souvenir de cette fatale nouvelle. Je donnerais tout au monde pour l’avoir finie.
J’aurais donné mille fois ma vie et de grand cœur et avec joie, Dieu le sait, pour
que
cette horrible catastrophe n’ait jamais eu lieu. Mais puisque tu le veux, mon adoré,
je t’obéirai.
Je voudrais t’avoir là, mon cher bien-aimé, pour te baiser, pour te
consoler et pour t’adorer. Jamais tu ne sauras combien je t’aime et comment je t’aime.
Tout ce que tu peux imaginer et souhaiter de plus dévoué, de plus tendre et de plus
passionné n’approche pas de l’amour que j’ai dans le cœur pour toi. Quand nous serons
morts tous les deux, tu verras seulement combien je t’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
