24 juin 1847

« 24 juin 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 138-139], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3744, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, toujours plus aimé et plus adoré Toto, bonjour et bonheur à toi et à tous les tiens. Je ne m’en dis pas autant à moi car je suis furieuse contre moi-même et je me battrais si je pouvais. Quand je pense que je ne peux pas m’empêcher de dormir tous les soirs comme un sabot, cela m’exaspère. Encore si tu me parlais et si tu me donnais le temps de me réveiller, ce ne serait que demia-mal, mais tu abuses de mon infirmité pour t’en aller tout de suite et tu te donnes bien de garde de la combattre par le plus petit bout de conversation. Cette conduite déloyale me rend la chose encore plus hideuse et je donnerais tout au monde pour être toujours éveillée quand tu viens comme une portée de souris, afin de te forcer à rester plus longtemps que trois bouchées de fraises. Cela vous attraperaitb et me rendrait bien heureuse. Malheureuse, je ne sais pas ce qu’il faut que je fasse pour cela ? Quelle herbe il faut que je mange ou quel journal il faut que je ne lise pas ? En attendant, vous profitez de cette espèce de léthargie pour vous esquiver le plus vite possible comme un monstre que vous êtes et que je ne peux pas m’empêcher d’aimer.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « demie ».

b « attrapperait ».


« 24 juin 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 140-141], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3744, page consultée le 01 mai 2026.

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Je te verrai tout à l’heure, n’est-ce pas mon amour ? Et puis j’irai te chercher tantôt ? De toutes ces espérances je me fais de la patience et du courage pour t’attendre ; trop heureuse si aucun empêchement ne change mon bonheur à venir en une cruelle déception.
J’ai lu ce matin une lettre datée de Saint-Maurice dans laquelle il est question d’une pauvre petite fille de huit ans qu’aurait laisséeaSaint-Firmin, ton premier César de Bazan. Quoique cette lettre soit écrite par une espèce de Barthès Macaire1, le sort de cette pauvre petite fille m’intéresse et je te prie, comme s’il était besoin de te prier de faire tout le bien que tu peux, de t’y intéresser et de voir ce qu’on pourrait faire pour cette pauvre petite créature. Le souvenir de mon enfance me serre le cœur en pensant à tous les pauvres enfants que le bon Dieu a condamnés à vivre orphelins de la pitié, et le plus souvent de la férocité du premier venu2. Je te demande pardon si je me permets de solliciter en faveur de cette pauvre petite fille, tu n’as pas besoin de mes prières ni de celles de personne dès que tu sais le bien qu’il y a [à] faire quelque part ou le mal qu’on peut empêcher. J’aurais très bien pu me dispenser de te gribouiller deux pages à ce sujet si ça n’avait pas été un besoin pour moi de te rapporter tant bien que mal que tu es le meilleur, le plus généreux, le plus grand, le plus admirable et le plus adoré des hommes.

Juliette


Notes

1 Frédérick Lemaître s’était fait remarquer par son interprétation provocatrice de Robert Macaire, voyou philosophe, dans L’Auberge des Adrets en 1823, mélodrame auquel il donna une suite, Robert Macaire, en 1834.

2 Juliette Drouet perdit sa mère quelques mois après sa naissance, son père l’année d’après, et fut confiée à l’hospice en 1806, puis au couvent à l’âge de dix ans en 1816. Elle ne le quittera pas avant 1821.

Notes manuscriptologiques

a « laissé ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.

  • 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
  • 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
  • Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
  • 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
  • 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
  • 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.