5 février 1842

« 5 février 1842 » [source : BNF, mss, NAF 16348, f. 115-116], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10710, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon amour. Rien ne peut donc plus vous décider à venir maintenant ? C’est charmant mais je vous engage à ne pas continuer cependant, à moins que vous n’ayez pris une assurance contre les giffes, les griffes et les dents d’une Juju enragée.
Il fait un temps ravissant. Quel dommage que je ne puisse pas en profiter avec vous. C’est fort bête et fort ennuyeuxa, presque autant que la mère Devilliers du TIRAGE1. J’espère que cette vieille sotte viendra cependant tantôt. Sans cela il faudra y renoncer car je n’ai pas envie de vous laisser plus longtemps le prétexte de cette visite pour ne pas venir me faire la vôtre. Voilà mon opinion. Taisez-vous monstre.
Dites donc vous, on vous donnera de l’élixir et des brosses à dents quand vous m’aurez donné du QUIBUS2 pour en avoir, puisque vous ne voulez pas que j’achète À L’ŒIL.
Taisez-vous et menez-moi promener, ça vaudra bien mieux. Mon Dieu quel beau temps et que je voudrais donc que vous me fassiez sortir.
Je vais envoyer la lettre de votre cousin à ce pauvre Lanvin, en même temps cela les avertira et ils sauront me dire s’ils ont ou non un habit suffisant pour cette cérémonie3.
Pauvre Toto adoré, à part la fureur bien légitime que me causent vos absences, je t’aime de toute mon âme avec passion, avec religion et admiration. Je t’aime comme jamais homme n’a été aimé avant.

Juliette


Notes

1 Possible jeu de mots sur la famille Villiers du Terrage :Edouard (1770-1855), archéologue et ingénieur, et son frère Paul Etienne (1774-1858), alors Pair de France, dont Juliette a du entendre parler. Rien ne dit que la maîtresse depension détestée appartient à cette famille.

2 Populaire : de l’argent, de la monnaie (littéralement, « de quoi »).

3 Voir la lettre du 3 février au soir, sur une demande à Adolphe Trébuchet d’aide aux Lanvin.

Notes manuscriptologiques

a « ennuieux ».


« 5 février 1842 » [source : BNF, mss, NAF 16348, f. 117-118], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10710, page consultée le 01 mai 2026.

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Toujours personne, ni vous ni la vieille sempiternelle1 de maîtresse d’école. Quant à vous, je vous donnerais des claquesa de bon cœur pour vous apprendre à me faire poser depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre. Pour la vieille Devilliers, je l’envoie à tous les diables.
Je m’embête considérablement, je ne sais pas si vous le savez. Je crois qu’il est temps de me changer de place si vous ne voulez pas que je moisisse jusqu’à la moelle des os. J’espère que je ne suis pas exigeante car depuis un an et plus, je pourrais compter les fois où vous m’avez fait sortir, ça ne serait pas bien long, et le nombre de CULOTTES ne tiendrait pas beaucoup de place non plus.
À propos de culotte, mon porte-manteau a trouvé charmant de se casser et de tomber avec tout ce qu’il y avait après, y compris le beau paletot rouge que j’ai essayé par parenthèse et qui a fait pousser des rugissements d’admiration à ma péronnelle2. Toujours est-il que je vais faire venir le menuisier pour le racmoder3. Enfin voilà, c’est un petit accident auquelb je suis sujettec bien souvent car ma servarde et ma péronnelle s’y prêtent de très bonne grâce.
Baisez-moi Toto, je vous aime. Mais pour Dieu venez ou je me fâche tout rouge. Baisez-moi encore, encore, encore, encore, toujours, toujours.

Juliette


Notes

1 Forme substantive rare, mais attestée par Littré.

2 Juliette désigne ainsi sa fille Claire.

3 Variante abrégée de « raccommoder », utilisée en Normandie.

Notes manuscriptologiques

a « clacques ».

b « que ».

c « sujet ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.