« 17 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 169-170], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10374, page consultée le 01 mai 2026.
17 décembre [1839], mardi, midi ¼
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon petit bien-aimé adoré. Je n’ai pas encore passé
ta tisanea quoique je me dépêche
beaucoup, mais j’ai voulu auparavant, et dans le cas où tu en aurais besoin ce matin,
copier ta noble lettre à ce stupide Guiraud. Je viens de finir. À présent, aussitôt que je t’aurai écrit, je
ferai ta tisaneb, je brosserai mes
affaires d’hier et je déjeunerai.
Nous avons été bien heureux cette nuit malgré
les bas à l’envers et en dépit du tabouret. Quand je sens que tu m’aimes, je suis dans le paradis et la plus
heureuse femme du monde. Aussi cette nuit je n’aurais pas donné ma place dans tes
bras
pour la place de Dieu lui-même. Merci, mon adoré, merci, mon bien-aimé, tu as été
bon
et adorable, merci. J’aurai mon armoire, PHAME.
Il n’aurait pas été juste que la non élection de Casimir
Bonjour1 ou plutôt la remise de son élection
m’empêchâtc d’avoir mon armoire
bien légitimement gagnée, et qui aurait pu être vendue d’ici à six semaines. Donc,
vous avez pris le bon parti de me la donner quelled que soit l’issue de la séance de jeudi, car de toute façon, vous
ne serez pas nommé. Je voudrais que ce stupide jour fût passé, car moi aussi je me
pique au jeu et la moutarde me monte furieusement au nez et pour peu que ça continue
encore quelque temps, je tomberai sur les carcasses faisandées de ces affreux
bonhommes et je les démolirai à coups de trique. Je suis furieuse pour de bon cette
fois-ci. Ces vieux oisons qui font les dégoûtése me font bouillir le sang et ce serait avec délices que je
leur donnerais une pile à mort. Je t’aime, toi.
Juliette
1 Casimir Bonjour est le concurrent de Hugo à l’Académie Française.
a « tisanne ».
b « tisanne ».
c « m’empêcha ».
d « quel ».
e « dégoûttés ».
« 17 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 171-172], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10374, page consultée le 01 mai 2026.
17 décembre [1839], mardi soir, 6 h. ¼
Qu’est-ce que vous devenez, mon cher petit bien-aimé ? Où êtes-vous et que faites-vous que je ne vous vois pas ? La journée me paraît bien plus longue encore quand je ne vous ai pas vu un pauvre petit quart d’heure dans toutea sa durée. C’est ce qui m’arrive aujourd’hui. J’ai reçu une lettre dont je ne connais pas l’écriture : quand tu viendras nous verrons ce que c’est. Du reste je n’ai vu personne. Je suis seule comme un pauvre loup et pour m’égayer je refais et je défais mes haillons, c’est un plaisir médiocre et que je troquerais bien volontiers contre un voyage de deux mois avec vous n’importe où. Voilà mes marchés à moi. J’espère que si vous y topiez, je n’y perdrais pas mais il n’y a pas de danger de ce côté-là et pour changer, je vous attends et je vous désire 23 heures et demie sur 24. Il ne me reste pas grand temps pour vous donner mon corps, mon cœur, mon amour, ma vie et mon âme, j’ai beau me dépêcher, vous m’en laissezb toujours plus que je ne vous en donne. Dans ce moment-ci, je voudrais te dévorer, j’ai un appétit de toi qui me porterait à toutes sortes d’extrémités si je te voyais. Hum !... Baisez-moi, vieux Toto. Baisez-moi et venez tout de suite ou sinonc je me fâche. Papa est bien i. Voime, voime surtout depuis qu’il est candidat en reniflant que je le dis. J’aimerais bien que vous ne fussiez que mon amoureux comme je ne suis que votre amoureuse.
Juliette
a « tout ».
b « laisser ».
c « si non »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
