« 8 juin 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 154], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1505, page consultée le 01 mai 2026.
Paris, 8 juin [18]77, vendredi soir, 6 h.
Cher bien-aimé, jouis de la chaleur pendant que je déblatère contre elle. Ce sera
le
moyen de me la faire prendre en gré. En attendant, je fonds en eau comme aurait pu
et
dû le faire le fameux Médard dont c’est ordinairement la consigne.
Autre guitare,
tu feras bien, mon cher petit homme, de ne pas renoncer à la garde de tes manuscrits
par Louis avant d’être bien sûr que tu auras à l’occasion une sécurité plus grande
que
celle qu’il t’offre1. Quant à Berru, son dévouement ne peut pas être
mis en doute, mais il y aurait peut-être une difficulté sérieuse à faire voyager toute
seule ta malle sans être accompagnée jusqu’à destination. Penses-y, mon cher
bien-aimé, et agis avec ta prudence habituelle. Tout ce que tu feras sera pour le
mieux, même si tu refuses notre [fidèle ?] dévouement. L’essentiel est
que tu sauves tes manuscrits du danger [Quelques mots
illisibles.].
1 C’est vraisemblablement à Louis Koch fils, neveu de Juliette Drouet, que les
manuscrits doivent être confiés. Hugo avait noté dans son Carnet, à la
date du 31 mai : « Je décide, en présence de ce qui me semble se préparer, que je
mettrai en sûreté mes manuscrits. Je ferai le contraire pour ma personne, car la vie
risquée complète le devoir accompli. »
Cette précaution, divulguée, mit Hugo
dans l’embarras. Le journal La Défense annonça que « jugeant la
situation grave », Victor Hugo « avait mis en sûreté ses manuscrits » et songeait
« à s’y mettre lui-même ». Vacquerie en prévient Hugo qui lui donne le choix de
démentir purement et simplement ou « de publier quelque chose comme ceci […] :
« Il y a dans l’Histoire d’un crime un chapitre intitulé On vient
pour m’arrêter. On lit dans ce chapitre que, après cette visite du coup
d’État à Victor Hugo, il fut constaté que des manuscrits avaient été volés.
Heureusement les principaux manuscrits étaient en sûreté : M. Victor Hugo avait
sagement fait de prendre cette précaution. La Défense affirme qu’il
prend la même précaution aujourd’hui. Nous laissons à La Défense la
responsabilité de cette affirmation injurieuse pour le gouvernement.
Ce que
nous pouvons dire, et dire très haut, c’est que Victor Hugo reste à Paris,
déterminé, lui aussi, à défendre jusqu’au bout, le droit et la loi ! »
(CFL, t. XV-XVI, p. 537-538).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
la France connaît une grave crise constitutionnelle, et la belle-fille de Hugo, mère de ses petits-enfants, se remarie.
- 26 févrierNouvelle Série de la Légende des Siècles.
- 3 avrilAlice, veuve de Charles Hugo, épouse le journaliste Édouard Lockroy.
- 14 maiL’Art d’être grand-père.
- 27 juinVisite à Saint-Mandé, sur la tombe de Claire pour elle, à sa fille en maison de santé pour lui.
- 1er octobreHistoire d’un crime (tome I).
