« 29 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 189-190], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10147, page consultée le 09 août 2026.
29 novembre [1836], mardi soir, 9 h. ¾
Mon cher bien aimé, je n’ai pas pu vous écrire ce matin, ni tantôt et vous en savez
la cause ? Je voudrais bien avoir tous les jours le même empêchement soit dit sans
vous offenser ?
Nous avons eu une fameuse inspiration
hier au soir. Quel dommage que vous n’en ayez pas de pareille tous les soirs. Nous
nous en trouverions très bien, je vous assure.
Je t’aime mon petit Toto chéri,
je t’aime de tout mon cœur, je ne veux plus être méchante jamais jamais. À moins que
tu ne prennes l’engagement de me donner beaucoup de COUPS
chaque fois que cela m’arrivera, à cette condition, seulement, je consens à avoir
de temps en temps de petit accès de grogneries et de jalousies.
Je crois que
nous avons fait aujourd’hui un assez bon marché. Fichtre, nous aurons des fameux
fauteuils comme chez le ROI qui ne s’appelle pas LOUIS-PHILIPPEa.
Je t’ai vu bien préoccupé
tantôt, mon cher ange. J’aurais voulu ne te donner aucune distraction. D’un autre
côté
le bonheur de me retrouver au grand air avec toi, me donnerait de la gaieté que je
trouvais trop voyante sans pouvoir pour cela la retenir. C’est que je vous aime tant,
mon Toto, c’est que vous êtes si bon et si charmant, c’est que vous êtes si noble
et
si adorable qu’il y a bien trop de quoi me faire tourner la tête.
Si tu ne peux
venir que tard cette nuit, eh ! bien je serai bien douce et bien reconnaissante pour
le petit moment que tu auras su dérober à ton travail. Je te le promets mon cher ange.
Si tu savais, j’ai le cœur qui déborde. Je t’aime au fond de l’âme, je t’aime devant
Dieu encore plus que devant toi, car il ne m’est pas donné de t’exprimer, pas plus
que
toi de le comprendre, à quel point je t’aime. Tu peux me demander mon âme dans cette vie et dans l’autre, je te la donne. Je ne
comprends même pas que j’aie besoin de te le dire.
Juliette
a « Phillippe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
