« 31 juillet 1836 » [source : BNF, Mss, NAF 16327, f. 202-203], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7566, page consultée le 02 mai 2026.
31 juillet [1836], dimanche après-midi, 3 h.
Cher bijou il y a [à] peine un quart d’heure que j’ai déjeuné tant
j’ai eu à piocher pour faire ces vilaines toiles de matelas. Grâce au ciel les voilà
bien raccommodéesa. Je n’ai plus
qu’à me débarbouiller et à m’habiller pour être prête à sortir si tu viens me
chercher.
Que tu as bien fait mon amour de venir passer la nuit avec moi et que
vous auriez mieux fait encore si vous étiez resté toute la journée. Et que vous ferez
extrêmement bien mieux si vous venez me prendre pour faire une effroyable ORGIE. Je
vous avoueraib que j’en DOUTE au
risque de jurer devant la REINE1. Ce qui fait que je n’ai pas le cœur content du tout, et que je me
cartonne2 indéfiniment.
Je vous aime assez, je vous aime trop. Je suis
sale comme un pauvre chien qui aurait eu un tas de cure-dents à
[emplir ?] toute la semaine. Encore si j’avais des rubans, mais je n’ai pas même la plus petite ficelle pour me
faire belle, ce qui fait que je suis laide que je vous aime et que je BISQUE.
Juliette
1 Expression à élucider. Juliette la reprend exactement dans une lettre du 19 février 1858. On songerait au serment imposé à Don Guritan par la reine Marie de Neubourg dans Ruy Blas, mais le sens n’est pas le même : ici, elle s’affirme capable de jurer même devant la reine.
2 Se cartonner, au sens de se critiquer soi-même sévèrement.
a « racommodées ».
b « avourai ».
« 31 juillet 1836 » [source : BNF, mss, NAF 16327, f. 204-205], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7566, page consultée le 02 mai 2026.
31 juillet [1836], dimanche soir, 6 h. ¼
Vous m’avez manqué de parole mon cher petit homme. J’avais eu la naïveté de croire
que vous vouliez pour tout de bon dîner avec moi. Je suis bien attrapée allez, non pas pour le dîner mais c’est que
j’aurais été avec vous toute la soirée au lieu de rester toute seule comme une pauvre
bête oubliée. Je ne vous en veux pas cependant parce qu’enfin il n’y a peut-être pas
de votre faute, mais je vous aime mon cher petit homme, je vous aime de tout mon
cœur.
J’ai travaillé toute la journée et à présent je n’ai pas le courage de lire
ces vieux journaux tant je les trouve bêtifiants. La revue du théâtre surtout et c’est
la plus nombreuse est d’une rare platitude et d’un grotesque peu amusant. Heureusement
que j’ai votre bonne petite pensée pour me rabibocher de toutes mes ennuiasseries1. Mais je n’ai plus mon petit pot m’en
faut un autre, ne fût-cea que pour ne
pas laisser tomber en défaillance ce bon proverbe Qui casse
les pots les2 etc. Je n’en
dis pas plus je réserve mon papier pour vous dire que je vous aime de toute mon
âme.
J.
1 Néologisme de Juliette.
2 « Qui casse les pots les paie. »
a « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
