« 2 mars 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 49], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5057, page consultée le 04 mai 2026.
Guernesey, 2 mars 1858, mardi soir, 4 h. ½
Je ne sais plus que devenir par cette pluie carabinée qui entre par toutes les ouvertures de mes fenêtres ; j’ai beau éponger et tamponner toutes les fentes, l’inondation me gagne et bientôt je serai submergée. Mais auparavant de faire mon dernier plongeon, je veux jeter cette pauvre restitus par-dessus bord, espérant qu’un vent intelligent la poussera dans vos eaux, mon cher petit homme. Et à ce sujet, je vous demanderai où vous en êtes vous-même avec ce déluge1 et comment se comporte votre arche de Hauteville-House dans ce débordement d’onde ? J’ai grand peur que cela ne soit encore plus désastreux pour vous que pour moi. Cher adoré, c’est bien vrai que je suis très tourmentée sur ce qui se passe chez toi car ta maison est bien autrement importante que la mienne, et mon droguet2 a le poil plus marin que tes tentures de soie. Aussi, j’ai sérieusement peur que tu n’aies de grands dégâts à constater aujourd’hui. Encore, si je pouvais t’aider à te préserver de cette horrible pluie, mais j’ai le regret de me sentir inutilement clouée ici et pourtant je t’aime de toute mon âme.
1 À propos de la pluie, Hugo note le jour même dans son agenda : « En dérangeant les divans dans la serre à cause de la pluie qui y a pénétré on a retrouvé derrière le petit bengali. »
2 Droguet : étoffe de laine, ou moitié laine et fil, de peu de valeur.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
