« 12 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 110-111], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9605, page consultée le 01 mai 2026.
12 novembre [1835], jeudi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, mon Toto chéri. Je n’ai pas le courage de te
gronder, car je crois que si tu n’es pas venu c’est que ton travail et l’excès de
la
fatigue qui en résulte t’en auront empêché. Aussi ce n’est pas un reproche que je
t’adresse mais une plainte du fond du cœur.
Vois, hier, je t’ai vu à 5 h. ½ pour
la première fois, ensuite à 11 h. ½ pour la seconde, ce qui fait un total de 2 h.
pour
toute la journée. Ce n’est pas assez pour vivre, à plus forte raison pour être
heureuse.
Je suis donc fort triste et ne sachant comment passera cette journée qui sera sans doute aussi
triste, aussi solitaire que les autres, je crains mon impatience, je crains la
disposition à souffrir dans laquelle je me trouve aujourd’hui. Je crains d’être
injuste après avoir été malheureuse.
J’ai bien froid dans mon lit. Il faudra que
je trouve un moyen de me couvrir pour t’écrire et pour déjeuner dorénavant, car on
ne
peut pas tenir à cette température. La bonne m’a dit qu’il avait neigé. J’attribue
les
douleurs d’entrailles que je sens ce matin au mauvais temps froid.
Je reviens à
ma tristesse malgré moi. Il est certain que si je ne te vois pas bientôt, je ne sais
pas dans quel état tu me retrouveras.
Je te demande pardon dans tous les cas. Et
je t’aime de toute mon âme et beaucoup trop.
J.
a « passé ».
« 12 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 112-113], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9605, page consultée le 01 mai 2026.
12 novembre [1835], jeudi soir, 8h. ¼
Non, mon cher petit homme, je ne t’en voudrai pas si tu ne viens pas ce soir puisque
je suis prévenue que ce sera à cause de ton travail.
Vous m’avez fait une scène bien absurde ce soir, convenez-en. Il a fallu toute la douceur, toute la longanimité
dont je suis susceptible pour ne pas m’emporter en raisons
extravagantesa. Enfin, je vous pardonne.
J’espère que je suis généreuse.
J’ai dînéb face à face avec mon [oie ?]. Je lui ai livré un
combat à outrance dans lequel il s’est très bien défendu. Mais en définitif, la
victoire m’est restée. J’en atteste, mon cure-dent que je tiens d’une main dans le
moment où je vous écrisc et
qui est occupé à nettoyerd le champ
de bataille.
Mon bon cher petit homme, si vous venez ce soir n’importe à quelle
heure, je serai contente. Mais si vous ne venez pas, je serai triste. Voilà tout.
Vous
savez que je vous aime, que je vous reconnais pour mon tyran et que je vous demande
pardon platement pour toutes les vérités que je ne peux pas
m’empêcher de vous dire, telle que celle-ci : je vous aime. Je t’aime mon Toto
adoré.
J.
a « extravaguantes ».
b « j’ai dîner ».
c « je vous écrit ».
d « netoyer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
