« 7 octobre 1848 » [source : Collection particulière, MLM (Paris), 65303 0022/0024], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5001, page consultée le 01 mai 2026.
7 octobre [1848], samedi matin, 8 h.
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, mon Toto, bonjour à pied et à cheval par devant et par derrière bonjour je t’aime et j’en ai le droit : vive la grépublique et son plus aimable greprésentant. J’espère qu’il ne te sera rien arrivé cette nuit et que tu n’auras rencontré aucun communiste dans ta route ? Je n’ai jamais aimé à te savoir vaguant à travers les rues la nuit et à présent encore moins. Il est vrai que ton quartier est moins suspect, sinon plus sûr que le mien, aussi j’espère qu’il ne te sera rien arrivé. Je le saurai tantôt. Il faudra que le diable s’en mêle si je n’arrive pas à l’heure aujourd’hui. Je ne veux pas le crier trop haut pour ne pas le piquer au jeu, mais je serais bien vexée si je n’étais pas la première au rendez-vous. Dites donc vous je vous remercie vous m’avez donné 3 F. 10 c je vous en rends le double en amour et en reconnaissance. J’espère que vous ne vous êtes pas trompé dans l’addition. Je m’en rapporte à vous d’abord. Tant pire pour votre conscience et votre avenir politique dans l’autre monde si vous m’avez flouée d’un centime dans celui-ci. En attendant je me fie à vous et je vous aime à corps perdu. Tâchez d’en faire autant pour moi-même et de ne pas me supposer capable de vous escroquer vos misérables philippes et moins encore vos donzelles républicaines. Sur ce baisez-moi et bissez-moi.
Juliette
« 7 octobre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 351-352], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5001, page consultée le 01 mai 2026.
7 octobre [1848],samedi soir, 10 h.
Je suis heureuse de t’avoir vu ce soir, mon adoré bien-aimé, et je t’en remercie de tout mon cœur. Tout ce que tu me donnes en bons procédés je te le rends en pur amour, en admiration et en dévouement. Pour te rendre la chose de venir me voir moins difficile je voudrais déjà demeurer auprès de toi. Pour cela il faudra que nous tâchions de terminer demain l’affaire des logements1. Une fois que tu te seras décidé pour un, je me mettrai en campagne pour l’avoir à ma disposition le plus tôt possible. Il faudra que ce soit tout à fait impossible pour que je ne l’aie pas tout de suite. Je te parle de cela comme si je ne t’en obsédais pas assez quand je te vois. J’aime mieux te parler BURGOS2, cela te va mieux et bouteilles d’or. Voime, voime scélérat, vous n’aurez plus le premier qu’après ma mort et les autres qu’en partageant avec moia selon le manuel du bon communiste sinon vous n’aurez rien du tout. Quand je pense que je prodigue mon talent et mes dessins avec cette facilité, je m’en veux de ma prodigalité et je suis tentée de vous les reprendre. Cependant comme vous avez été bien gentil ce soir je vous les donne pour vous récompenser et vous encourager à l’être davantage. Tâchez en outre de ne pas être trop gentil ce soir avec les FAUMES et baisez-moi.
Juliette
1 La famille Hugo, qui vit depuis le 1er juillet au 5 de la rue de l’Isly, est à la recherche d’un nouveau logement. Ils emménageront le 15 octobre rue la Tour-d’Auvergne. Juliette Drouet, quant à elle, quittera la rue Sainte-Anastase pour la cité Rodier au cours du mois de novembre 1848.
2 « Le burgos est habituellement un lustre métallique, mais le mot semble désigner ici le meuble dans lequel Juliette range ses plats. La porcelaine dite « japonnée » subissait une cuisson supplémentaire pour avoir l’apparence de la porcelaine fine du Japon. » (Evelyn Blewer, ouvrage cité, p. 130.)
a Juliette a dessiné ici un homme et une femme s’échangeant
des bouteilles :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
