« 14 septembre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 208-209], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4120, page consultée le 01 mai 2026.
14 septembre [1847], mardi matin, 7 h. ¾
Bonjour mon doux, mon ravissant, mon bien-aimé Toto, bonjour je t’aime. Tu es bon, je t’adore, tout ce que tu m’as dit cette nuit est parfaitement juste, ineffable et charmant. Je t’en remercie et je t’aime. Je te souris je suis heureuse et je t’adore. Cela n’empêchera peut-être pas que je ne sois encore quelque fois triste, maussade et injuste mais tu n’y feras pas attention puisque tu m’aimes et que tu es sûr de mon bonheur ! Je m’en rapporterai toujours à toi parce que je t’aime, parce que ton amour m’est nécessaire pour vivre et pour être heureuse. Jour Toto, jour mon cher petit O, bonjour vieux coromandel1 que vous êtes. Ce stupide Vacquerie n’aura pas l’idée de complétera sa collection par mes dessins. Cependant je ne les lui vendrais pas plus cherb que les vôtres. Décidément ce normand n’a qu’un nez et pas de tact car sans cela il se serait adressé à moi tout de suite et il aurait fini par vous après, bien après. Je le méprise trop pour lui souhaiter aucun mal. Mais j’espère que son nez ne s’arrêtera pas en si beau chemin. Qu’est-ce qui fourbira votre coromandel ? Vous me regretterez dans ce moment là mais je ne serai pas là pour faire reluire vos ors et raviver vos couleurs. Ma pauvre Juju où donc qu’elle est ? Votre IsidorME2 seul répondra et votre meuble ne reluira pas et vous serez vexé et moi aussi. Vous voyez donc bien que je vous serais bonne à quelque chose si vous saviez m’utiliser. Sans compter LE RESTE. Baise-moi je t’aime.
Juliette
1 Plaisante allusion à la passion partagée de Victor Hugo et de Juliette pour les antiquités et la brocante. Ce terme générique de coromandel désigne des meubles ou des objets souvent très raffinés provenant de la Côte de Coromandel, située au sud de l’Inde, sur le golfe du Bengale.
2 À élucider.
a « completter ».
b « chers ».
« 14 septembre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 210-211], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4120, page consultée le 01 mai 2026.
14 septembre [1847], mardi après-midi, 2 h. ½
C’est aujourd’hui que ton Toto1 doit se lever pour la première fois ? Peut-être ferez-vous bien d’attendre un jour plus chaud. Mais je vous donne mon avis d’ici comme si cela pouvait servir à quelque chose, en supposant que vous en ayez besoin. Ce genre naïf ne m’abandonnera jamais à cause de l’illusion que je me fais involontairement de me croire avec toi quand je t’écris. Cependant je m’aperçois trop souvent que le bec de ma plume n’est pas ta bouche et que mon gribouillis ne me fait pas le même plaisir que ta douce voix. Dans ces moments là je suis tentée de jeter l’encrier, le papier, les plumes et l’encre par la fenêtre pour me venger de ton absence. Je ne veux pas que vous trouviez le coromandel2 de Vacquerie plus beau que le mien ou je vous le reprendrai. À cette condition je vous permets d’accepter autant de coromandels et de chinois qu’on voudra vous en donner. Quand je dis que je PERMETS c’est une manière de parler qui veut dire que je ne peux pas M’OPPOSER à ce que vous fassiez un stupide trafic de vos dessins. Si j’étais quelque chose dans votre gouvernement je ne voudrais pas pour aucun coromandel voir donner le plus petit de vos dessins. Chacun son goût. Ce Vacquerie est bien heureux d’être riche. Il a le double bonheur de vous faire plaisir et de vous agripper des dessins pour lesquels je donnerais tout ce que j’ai et plus encore si je pouvais. Je rabâche je rage et cependant je suis contente de te savoir content et je t’aime à pleins bords.
Juliette
1 François-Victor Hugo se remet de la typhoïde.
2 Ce terme générique de coromandel désigne des meubles ou des objets souvent très raffinés provenant de la Côte de Coromandel, située au sud de l’Inde, sur le golfe du Bengale.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
