26 novembre 1846

« 26 novembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 265-266], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1316, page consultée le 07 mai 2026.

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Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, santé, bonheur et amour à toi, mon doux adoré. Comment vas-tu ce matin ? Je n’ai pas l’espoir de te voir avant le moment où tu iras à l’Académie, mais j’ai celui d’aller te chercher ce soir et de faire un petit bout de promenade accrochée à ton cher petit bras1, ce qui me met un peu de baumea et de joie dans le cœur.
J’attendrai tant que tu voudras, mon Toto, je te laisse juge et de l’opportunité de la réparation de mes affreux fauteuils et de celle de l’état de ta bourse. Ainsi je ne t’en parlerai plus. Je crois que tu feras bien d’acheter du papier aujourd’hui même parce qu’il n’y en a plus du tout. Cela te sera facile, en passant sur le quai aux Fleurs2, d’entrer chez le marchand de papier ce soir.
Je voudrais bien n’avoir pas besoin d’aller chez Mlle Féau tantôt. Elle est si ennuyeuseb que je redoute extrêmement de subir pendant un quart d’heure seulement toutes ses fades et niaises politesses. Cependant j’aime encore mieux me laisser assommer pendant une heure et te voir, que de rester dans mon coin à t’attendre indéfiniment, voilà mon opinion. Baisez-moi et aimez-moi et je ne serai pas en reste avec vous. Je vous attends et je vous désire et je vous adore.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo a été élu à l’Académie française le 7 janvier 1841 et nommé Pair de France le 13 avril 1845. À l’occasion des séances, Juliette Drouet va à la rencontre de Victor Hugo, ce qu’elle appelle fréquemment leurs rendez-vous.

2 Quai situé le long de la Seine sur l’Île de la Cité dans le 4e arrondissement de Paris. Il débute au pont Saint-Louis, qui permet d’assurer une liaison avec l’Île Saint-Louis, et se termine au pont d’Arcole. Il fut construit au début du XIXe siècle, baptisé à l’origine quai Napoléon, puis quai de la Cité, puis enfin quai aux Fleurs en raison de sa proximité avec le marché aux fleurs.

Notes manuscriptologiques

a « beaume ».

b « ennuieuse ».


« 26 novembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 267-268], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1316, page consultée le 07 mai 2026.

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Le temps est bien beau, mon petit Toto, et je m’apprête à en profiter tantôt avec toi sans en perdre une goutte. Oh ! Dieu le vilain mot que je viens d’écrire là, pourvu qu’il n’aille pas me porter malheur ! Dans tous les cas j’aurai mes socques1 et j’emporterai mon parapluie ; mais j’aimerais mieux qu’il fît tout à fait beau. Je te vois si peu et cela m’arrive si rarement (une fois tous les huit jours) de sortir avec toi qu’il serait bien juste qu’on me laissâta passer tranquillement et sans la moindre averse ce petit moment de bonheur. Je t’attends, mon Toto, j’espère que tu n’iras pas à l’Académie sans venir baigner tes chers yeux2 et sans me dire un petit bonjour ? J’y compte de toutes mes forces.
Tu sais que je suis à ta disposition pour copire : le plus tôt que tu pourras me donner de l’ouvrage, plus tôt tu me feras plaisir. J’attends et je désire. Cher petit homme, je t’aime. Je suis heureuse parce que je vais te voir tout à l’heure et que je reviendrai avec toi ce soir. Une goutte de toi dans ma vie suffit pour teindre en joie bien des tristesses et bien des ennuis. Je t’aime tant, tant, tant, qu’il me serait impossible de savoir où mon amour commence et où il finit.

Juliette


Notes

1 Chaussures de bois et de cuir adaptées à la chaussure ordinaire pour mieux garantir les pieds de l’humidité.

2 Juliette évoque dans ses nombreuses lettres les problèmes ophtalmiques de Victor Hugo.

Notes manuscriptologiques

a « laissa ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.