« 19 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 19-20], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9569, page consultée le 01 mai 2026.
19 octobre [1835], lundi matin, 9 h.
Bonjour, mon bien bien-aimé Toto, comment vas-tu ce matin ? Bien fatigué, n’est-ce
pas ? Pauvre cher petit Toto, j’aurais voulu que tu passes venir te réchauffer, te
reposer et dormir dans mes bras. J’aurais eu bien soin de ne pas troubler ton sommeil.
Je t’aurais caressé si doucement que tu ne t’en serais aperçua qu’à tes rêves qui auraient été
charmants.
J’ai pensé à toi bien souvent cette nuit car j’ai peu dormi à cause
de mes coliques périodiques, et puis même dans mes rêves, je ne m’occupais que de
toi.
J’étais bien heureuse et toi aussi. Il me semble que mes rêves se rapprochent un peu
de la réalité.
Je t’écris de mon lit où je suis enfouie pour les mêmes raisons
de température qu’hier. Je viens de faire acheter un peu de bois car je prévois que
la
journée sera piquante.
Mon cher petit Toto, j’espère que tu vas venir bientôt et
cela me rend gaie et heureuse. Je n’ai pas besoin d’autre chose. Te voir, t’aimer
et
être aiméeb de toi, voilà ce qu’il me
faut. Le reste vient quand il peut et comme il veut. Ça m’est égal.
Je
t’aime.
Juliette
a « apperçue ».
b « aimé ».
« 19 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 21-22.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9569, page consultée le 01 mai 2026.
19 octobre [1835], lundi soir, 8 h.
Mon cher petit homme, c’est toujours la même chose que j’ai à vous dire : je vous aime. Dans l’espace de 11 h. qui s’est écoulé d’une
lettre à l’autre, le seul événement qui ait eu lieu c’est que je vous ai aimé de
toutes les forces de mon âme. Ce que je prévois pour l’avenir, c’est que je vous
aimerai jusqu’à mon dernier soupir.
Lanvin n’est pas encore venu. Peut-être même
ne viendra-t-il pas du tout dans le cas où son poste serait trop éloigné de la maison,
ce qui m’arrangerait assez bien vu l’état harélien1 où nous nous trouvons. Et comme il
me paraît peu probable qu’un bienfaisant cuilleriste vienne à notre secours, je
commence par économiser sur la MARMITE.
Vous avez été fièrement gentil
aujourd’hui, surtout au moment où vous m’avez promis un ajustement de coup de poings
et une parure de gifles pour complétera mes toilettes ravissantes de cet hiver. Vous étiez d’autant
plus charmant en faisant les rodomontades que je ne vous crains pas, et que je serai
belle malgré que vous en ayez. Han, han ! Et que je vous aimerai et que je vous ferai
bisquer.
Juliette
1 Hugo, à cette date, est brouillé avec Harel.
a « completter ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
