« 24 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 292-293], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11095, page consultée le 01 mai 2026.
Aux Metz, jeudi matin [24 septembre 1835], 8 h. ¾
Bonjour, mon Victor chéri, bonjour, mon amour, je t’aime. Je suis heureuse, nous
allons être ensemble aujourd’hui plus que ces deux jours passés où nous avions un
obstacle entre nous deux qui empêchait tout rapprochement. Et puis il fait un si beau
temps, et puis, et puis, c’est que je t’aime, voilà pourquoi je trouve tout beau,
tout
rayonnant autour de moi. Je suis restée dans mon lit jusqu’à 8 h. ½ bien que je fusse
éveillée depuis 7 h. du matin, mais je me suis roulée dans mon lit d’un bord à l’autre
en pensant à vous et en lisant les journaux d’hier. Hier au soir, j’étais rentrée
à
7 h. juste juste juste. Je me suis déshabillée, j’ai rangé mes affaires, j’ai dîné,
je
t’ai écrit, j’ai fait mes comptes. Ensuite j’ai luaClaude Gueux jusqu’à 10 h. ½, j’ai mis mes papillotesb, je me suis couchée à 11 h. Je me
suis endormie dans toi et sur toi, j’ai rêvéc du petit Toto que je baisais et que
j’aimais dans mon rêve à rendre jaloux le grand et puis tu
as vu l’histoire de ma matinée jusqu’à présent. Je vais faire ma toilette, m’habiller
et déjeuner. Après quoi je m’en irai avec la bonne par la prairie.
À tantôt, mon
chéri, à tantôt, mon bonheur, à toujours pour t’aimer et pour te désirer. Je t’aime
dans le cœur, je te baise en idée, je t’adore de l’âme, je t’admire de toutes les
facultésd de mon intelligence.
Pense à moi, viens le plus vite possible. Je te tends les bras, la joue et tout
mon être ?.
a « lue ».
b « papillottes ».
c « rêvée ».
d « facultées ».
« 24 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 294-295], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11095, page consultée le 01 mai 2026.
Jeudi [24 septembre 1835], 1 h. ¼ après midi
Mon cher petit Toto, notre belle matinée a été troublée par cette espèce de
petitea rechute à laquelle je ne
m’attendais pas si tôt. Je suis d’autant plus fâchée de cette réminiscence qu’elle
nous a privésb d’un grand bonheur
dont je suis toujours avare.
Pauvre bien-aimé, comme tu as été bon et charmant
ce matin. Cela ne peut pas se dire, les mots ne sont rien à côté de ta jolie petite
figure épanouie.
Mon cher petit Toto, tu ne m’en voudras pas si je t’écris une
lettre moins longue que de coutume. J’ai des douleurs d’entrailles si fortes, que
je
ne sais comment me tenir et cependant j’ai pris du laudanum. Je suis vraiment très
triste d’être encore retombée malgré les soins et le régime. Encore une fois, mon
cher
bien-aimé, mon adoré, ne te fâchec
pas si j’interrompsd si
brusquement toutes les tendresses que j’avais à te dire, mais je souffre tellement
que
je ne peux pas continuer.
Je t’aime mon Toto.
Juliette
[Adresse :]
À mon adoré
a « petit ».
b « prisvée ».
c « faches ».
d « interrompts ».
« 24 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 296-297], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11095, page consultée le 01 mai 2026.
Aux Metz, jeudi soir [24 septembre 1835], 8 h.
Mon Victor adoré, je t’aime, je n’ai aucun mal, je n’ai que la crainte que cette
longue immersion ne t’aita pas aussi bien
réussib qu’à moi.
Ma pauvre
âme, mon beau corps, je voudrais vous avoir à présent auprès de mon bon feu pour vous
aimer et vous réchauffer avec mon amour et mes baisers.
Mon bon chéri, à peine
t’avais-je perduc de vue que j’ai
rencontré Hyacinthe1.
Elle avait eu la précaution de m’apporter des souliers de rechange et de m’apprêter
un
bon feu. Je suis rentrée à six heures moins 5 m. J’ai changéd de tout. Ensuite, j’ai fait tout laver
pour demain dans le cas où il ferait beau, je veux être la première au rendez-vous.
Mon cher bien-aimé, mon Victor, je ne donnerais pas cette journée et surtout ce
moment où je tremblais de froid sur tes genoux pour la plus belle et la plus
rayonnante de nos journées d’été. Il me semble que nous nous sommes régénérés à ce
baptême dont le ciel faisait tous les frais et dont l’amour était parrain. Je voudrais
être bien sûre que tu n’es pas malade de cette station amphibie que nous avons
faitee dans les bois pour me livrer à l’amour et à la
joie d’en être sortis sains et saufsf et nous aimant encore plus.
J’ai fait
déjà mille actions de grâce pour la bonne pensée qui m’avait fait laisser mon adorable
petite lettre ici. Je ne me serais jamais consolée si je l’avais noyée et perdue dans
ce déluge.
Bonsoir, mon chéri, ne travaille pas, ne souffre pas et aime-moi. Je
t’aime>.
1 Hyacinthe est la bonne de Juliette.
a « ai ».
b « réussie ».
c « perdue ».
d « changée ».
e « faites ».
f « sain et sauf ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
