« 26 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 95-96], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11558, page consultée le 04 mai 2026.
26 novembre [1843], dimanche matin, 10 h. ¼
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré. Comment vas-tu, ce matin, comment
m’aimes-tu ? Je t’aime moi. Je t’aime de tout mon cœur et de toute mon âme. Je ne
veux
pas te grogner puisque c’est un parti pris chez toi de ne plus venir du tout déjeuner avec moi. Depuis deux mois il est clair que puisque tu n’es pas venu une seule
fois c’est que tu ne le veux pas car rien dans le monde n’a pu t’empêcher de me donner
une seule matinée depuis deux mois si tu l’avais bien voulu.
Peut-être si tu me donnais la raison qui t’empêche de venir la comprendraisa-je à la rigueur quoiqu’il soit
difficile de comprendre une raison qui éloigne de vous l’homme pour lequel on
donnerait sa vie. Mais enfin s’il y en a une à tes propres yeux pourquoi ne pas me
la
dire et me laisser supposer que tu ne m’aimes plus ? Je sais bien que tu me réponds
des billevesées. Mais se moquer des gens ce n’est pas répondre. Tu travailles toutes
les nuits, je ne le sais que trop. Tu travailles dans la journée, je le sais encore.
Mais enfin les quelques heures de repos que tu ne peux pas te dispenser de prendre,
ton déjeuner quotidien, qui t’empêche d’en prendre quelques uns auprès de moi ?
Assurément tout ce que tu diras ne peut pas me donner le change sur le véritable motif
de ton absence de ma maison et de mon lit. Et puis, je te le répète, mon adoré, si
tu
as une raison bonne pourquoi ne pas la donner, cela m’ôterait cet affreux souci du
cœur ? Je voudrais ne pas te parler de ça mais de quoi te parlerai-je, mon adoré,
si
ce n’est de ce qui occupe toutes mes pensées ?
Mon petit bien-aimé, je t’en
conjure, si tu as quelque motif pour t’abstenir de venir auprès de moi dis-le moi
quel
qu’il soit. Cela voudra toujours mieux que les suppositions que je fais.
Juliette
a « comprendrai »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
