« 18 juin 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 151-152], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10657, page consultée le 26 janvier 2026.
18 juin [1842], samedi matin, 9 h. ¾
Bonjour mon cher petit adoré, bonjour mon charmant petit homme, bonjour mes chers
petits amis, comment avez-vous passé la nuit tous les deux ? Si vous me dites bien,
je
suis heureuse, car votre santé, mes chers petits hommes, c’est ma vie et ma joie.
Est-ce que je ne vous verrai jamais dans le beau caleçon rouge ? Vous devez être
bien gentil dans ce magnifique costume et je voudrais bien jouir du coup d’œil pendant
une petite minute. Si nous pouvions faire un petit voyage cette année1, rien ne
pourrait empêcher d’emporter le susdit et de vous livrer à des planches immodérées
sur
tous les fleuves et sur tous les océans que nous rencontrerions sur notre passage.
Mais pour cela il faut que notre cher petit malade guérisse bien vite2. Dieu sait, indépendamment de cette raison si importante
pour moi, si je désire le rétablissement de ce pauvre petit ange. Je donnerais tout
ce
qu’on voudrait et autant de ma vie pour qu’il fût hors de tout danger tout de suite.
Bonjour mon cher petit bien-aimé ravissant, bonjour, je t’aime. Il fait bien beau,
tâche de venir me chercher pour me promener un peu sur la montagne. Je suis si
heureuse quand je suis avec toi, mon adoré, que je voudrais que ce fût tous les jours
et toujours. Je baise tes chers petits pieds.
Juliette
1 Leur voyage annuel n’avait pu avoir lieu en 1840.
2 François-Victor, fils de Victor Hugo, se remet d’une maladie.
« 18 juin 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16349, f. 153-154], transcr. Ophélie Marien, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10657, page consultée le 26 janvier 2026.
18 juin [1842], samedi après-midi, 1 h.
Je continue d’être vexée, mon Toto chéri, je viens de recevoir la lettre de la mère
Ledon qui m’annonce que son mari ne pourra
pas venir avant lundi. Mais j’ai des maux de tête si grands que ces deux jours de
supplice vont me paraître très longs. Enfin il faut bien se résigner, trop heureuse
encore qu’il n’arrive pas d’anicroche lundi. Voilà où j’en suis réduite avec mon
hideuse perruque1. Nous verrons si la faiseuse de
corset sera plus exacte et si elle réussira mieux. Car vraiment je n’ai de chance
pour
rien. Les grandes comme les petites choses ne me réussissent pas du tout. C’est à
en
donner sa démission au diable. Mais je suis toute prête à me raccommodera avec lui si tu viens tout à l’heure
me chercher pour sortir. Hélas ! ça n’est pas probable ni possible ; tu travailles
et
en outre l’école de natation me prend la pauvre petite chance que j’aurais que tu
me
fasses sortir dans la journée. Cependant je veux que tu le fasses car cela te
rafraîchit et te fait plaisir, deux choses pour lesquelles je donnerais ma santé et
mon bonheur.
Lanvin vient de venir avec toutes les
reconnaissances timbrées et datées. Il paraît que le pauvre homme a été presque aussi inquiet que moi en
s’apercevant de l’omission. Enfin tout est réparé. Quant à lui, le pauvre diable,
il
est grillé de soleil et paraît exténué de fatigue. Je lui ai redonné du courage en
lui
faisant espérer une place meilleure et fixe. Je compte sur toi pour justifier mes
promesses. En attendant, je t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Juliette se désole de voir apparaître des cheveux blancs et cherche à y remédier.
a « racommoder »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
