« 8 octobre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 218], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7237, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 8 octobre 1863, jeudi 4 h. ¼ après-midi
J’ai attendu pour reprendre ma chère petite restitus à cœur reposé que l’ahurissement du mal de mer1 et l’abrutissement des comptes de ta domestique et de la mienne fussent finis, mon doux adoré, pour te donner toutes les tendresses accumulées dans mon âme depuis bientôt deux mois après en avoir remplia les grands chemins et les auberges que nous avons rencontrés ensemble.
4 h. ¾
Je t’ai vu, mon pauvre bien-aimé, et puis je ne te vois plus du tout, cela dans l’espace d’une demi-heure à peine. C’est que, comme moi, tu as un arriéré de comptage et de compterie qu’il faut mettre à jour tout en nous aimant à cœur joie. Demain nous serons peut-être un peu plus à notre bonheur. En attendant il faut aligner des chiffres et des balances et des soldes de tout compte quitte à n’avoir plus un sou pour le lendemain. Du reste, mon cher petit homme, ne t’inquiète pas de moi car je vais très bien, très bien, très bien. Il est vrai que j’économise mes jambes le plus que je peux afin de t’épargner toute espèce d’inquiétude sur ma vieille santé. Je n’ose pas te parler du grand événement de famille2 qui t’arrive car je sens tous les tourments qu’il te cause mais j’espère qu’avant peu ton cœur pourra se reposer et se dilater dans le bonheur de ta fille. Il est impossible que tu n’aies pas bientôt toute la satisfaction que tu souhaites de ce côté-là et que tu mérites surtout plus qu’aucun autre père, toi, le père des pères les meilleurs, les plus indulgents, les plus dévoués et les plus tendres pour leurs enfants. Mon cher adoré, encore un peu de patience et tu verras que tu seras heureux de ce mariage si étrangement accomplib. Je t’aime, mon grand bien-aimé, je t’adore, mon petit homme.
1 Juliette Drouet et Victor Hugo sont rentrés de leur voyage annuel le 7 octobre à Guernesey : « Je suis revenu aujourd’hui de mon voyage. Je suis arrivé à 1 h. ½ de Weymouth par l’Aquila » (Agenda de Victor Hugo). Ils étaient le 15 août, via Londres, pour un voyage en Belgique, au Luxembourg et en Allemagne.
2 « Dîné chez JJ. avec MM. Kesler, Marquand et Guérin. Jusqu’au retour de ma femme je dînerai chez JJ. et je déjeunerai chez moi. J’ai annoncé à ces messieurs le mariage de ma fille » (Agenda, 7 octobre). Le 9 octobre, Victor Hugo fait publier dans le Star, à Guernesey, l’annonce des fiançailles de sa fille Adèle avec Albert Pinson.
a « remplit ».
b « accomplit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
