« 12 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 155-156], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11504, page consultée le 24 janvier 2026.
12 décembre [1843], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher bien-aimé de mon âme, bonjour tout ce que
j’aime, bonjour toi, bonjour vous.
Je te donnerai le Corsaire pour allumer ton feu parce que le papier est bien doux et je garderai le messager pour mettre mes
papillotesa parce que le
papier est bien dur, c’est assez juste, et je m’empresserai
de faire ce que tu désires. Voime, voime, prends
garde de la perdre vieux scélérat.
Il fait encore bien beau aujourd’hui mais vous
ne voudrez pas me mener au daguerréotype. Le jour de l’an arrive à grands pas et vous
n’aurez pas tenu votre promesse envers cette pauvre enfant et je n’aurai pas votre
cher petit museau à baiser tout neuf pour ce jour-là. Je sais bien que j’en ai
d’autres mais, ce qui abonde ne vicie pas, dit le proverbe, qui ne sera jamais plus
vrai que dans cette circonstance. Je voudrais suppléerb à votre si rare présence par des millions d’images de vous dans
tous les coins de ma chambre. Si vous ne comprenez pas ça c’est que vous ne m’aimez
pas. Mais je voudrais que ma pauvre péronnelle n’ait pas de chagrin ce jour-là. C’est
si triste à son âge de ne pas avoir une chose sur laquelle on comptait. Mais ne rien
avoir du tout car tu sais, mon cher petit bien-aimé, qu’excepté nous, elle ne reçoit
de cadeau de personne, pas même de son père. Je sens bien aussi que tu es très occupé,
mon cher amour, et qu’il t’est difficile de saisir les courts et rares instants
propices à ce genre de travail. Je sais cela et je ne t’en veux pas de ne pouvoir
pas
le faire. Je le regrette et voilà tout.
Je t’aime, mon Toto, tu ne sauras jamais
jusqu’à quel point car je ne le sais pas moi-même. Je t’aime plus que le bon Dieu
n’est grand et éternel.
Juliette
a « papillottes ».
b « supléer ».
« 12 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 157-158], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11504, page consultée le 24 janvier 2026.
12 décembre [1843], mardi soir, 5 h. ¾
Je t’attends mon cher petit pour te couper ta cravatea à la grandeur juste qu’il la faut parce que j’ai oublié hier
la mesure que j’avais prise et que je n’avais pas pris la précaution d’écrire. Mais
surtout je t’attends pour être heureuse, pour te baiser sur les yeux, le nez, la
bouche, etc, etc. Je trouve que vous lui donnez trop de
temps à elle, c’est payer bien cher quel que soit le potelage et la blancheur de ses jolies petites mains, un
ignoble récurage. Le Corsaire suffisait, et de reste, pour
payer un si beau dévouement. Je vous conseille de ne pas aller au-delà.
J’ai vu
Mme Triger
tout à l’heure. Elle allait dîner chez son cousin Fleury. Elle est venue seule parce
que son fils devait aller la rejoindre chez son apothicaire de cousin. Du reste je
crois qu’elle viendra un de ces jours dîner avec lui chez moi. Je l’y ai engagéeb faiblement, tout juste pour ne pas lui
dire de rester chez elle. C’est une excellente femme mais peu amusante, y compris
son
fils qui est parfaitement insignifiant.
Tout cela est bien intéressant à te dire,
n’est-ce pas mon cher petit homme ? Juju est bien spirituelle et elle a beaucoup
d’imagination. Voime, voime, comme un pain d’un
sou. Ah ! bien ça ne vous regarde pas vous, pourvu que je vous aime mieux que
n’importe quelle femme. Vous n’avez rien à dire, taisez-vous, venez tout de suite
ou
craignez ma fureur. Vous ne savez pas assez de quoi je suis capable.
Juliette
a « cravatte ».
b « engagé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
