« 17 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 59-60], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11549, page consultée le 05 mai 2026.
17 novembre [1843], vendredi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher petit bien-aimé. Comment vas-tu ce matin,
m’aimes-tu ? Je t’aime, moi, tu aimes mieux le croire que d’y venir voir, n’est-ce
pas ? Tu es si sûr de ton fait que tu ne prends aucune peine pour t’en assurer. À
ce
point de vue tu as raison mais à celui de mon bonheur tu as parfaitement tort. Je
ne
veux pas te grogner. D’ailleurs cela ne m’avance à rien. Je t’ai à peine vu hier.
Si
tu étais bien gentil tu tâcherais de me rabibocher de ma
journée Titusienne. À propos de Titus et de l’Académie, si
vous voulez, je vous ferai l’éloge de Molière ; Moi je n’ai pas la modestie de votre
cousin et la vôtre. Je me crois très en état de faire un chef-d’œuvre en moins de quinze jours et de plus de 40 lignes. De plus c’est
un service que je rendrai à l’Académie en masse et à la France en particulier. Je
BRIGUE L’HONNEUR de tirer toutes ces vieilles perruques, non par les cheveux, mais
d’embarras. Je ne demanderai rien pour cela. Sur ce baisez-moi, mon cher petit, et
aimez-moi je le veux ou je vous flanquerai des coups.
La mère Lanvin, qui devait venir ce soir, me fait dire que
son mari est très malade et qu’elle ira chercher Claire demain. Voilà ce pauvre Lanvin encore retombé. On n’esta pas plus malheureux que ces gens-là. Depuis que le les connais je ne
leur ai pas vu trois mois de santé de suite ni à l’un ni à l’autre. Voilà nos cadres
encore accrochés une fois, non pas au mur, mais à la maladie de Lanvin. Pauvre homme, c’est encore lui le plus à
plaindre dans tout ça.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime mais voilà tout. Je n’ai rien à mettre dessus, c’est bien chesse. Est-ce que vous ne me donnerez rien à étendre dessus cet amour-là ? Vous
promettez toujours plus de beurre que de pain mais promettre
et tenir sont deux et vous ne faites jamais que la première
de ces deux choses. Je commence à trouver ce genre très monotone, je vous en préviens
et je vous prie d’en changer au plus vite ou je raiguiserai mon grand couteau.
Juliette
a « on est ».
« 17 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 61-62], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11549, page consultée le 05 mai 2026.
17 novembre [1843], vendredi soir, 4 h. ¾
Je voudrais bien te voir, mon Toto, est-ce que tu ne vas pas bientôt venir ? Il est
déjà près de cinq heures et tu sais que je t’ai à peine vu hier. Encore si j’étais
sûre que tu penses à moi, que tu me plains et que tu m’aimes, ce serait un
adoucissement à mon mal. Mais loin de là, je crains que tu m’oublies et que tu
retrouves plus de plaisir loin de moi que de près. C’est que depuis notre voyage les
jours se suivent et se ressemblent. Pour moi, ils sont tous aussi tristes et aussi
vides les uns que les autres. Je sais bien que tu travailles mais, là, vraiment, la
main sur la conscience, est-ce que tu n’as pas eu un moment à me donner depuis six
semaines ? Je veux toujours ne plus te parler de cela et toujours je retombe dans
ce
triste rabâchage. C’est qu’il est difficile à un galeux de ne pas se gratter à une
pauvre femme qui ne voit pas son bien-aimé, de ne pas se plaindre. Je vais tâcher
cependant.
Demain à cette heure-ci j’attendrai ma pauvre péronnelle. Pourvu qu’on
en soit content. Je sens si bien qu’elle n’est pas aimée de Mme Marre et que par contrecoup elle
n’aime pas la susdite, que je tremble toujours qu’il ne se passe des choses
désagréables entre elles deux. Je fais touta ce que je peux pour faire comprendre à Claire que dans tout état
de chose elle doit se soumettre à sa maîtresse même quand ses exigences lui
paraitraient dures et excessives. Mais tu sais ce que c’est qu’une jeune fille, et
la
mienne en particulier, elles ne sont rien moins que raisonnables ; c’est ce qui fait
que je crains toujours d’apprendre de nouvelles picoteries.
Enfin nous verrons
demain. D’ici là, ce n’est pas la peine de se tourmenter. Je baise tes quatre petites
pattes.
Juliette
a « tous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
