« 15 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 207-208], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10767, page consultée le 02 mai 2026.
15 octobre [1843], dimanche matin, 9 h.
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour, je t’aime plus
que
plein mon âme et plein mon cœur. Je t’aime plein la terre et plein le ciel. Il y a
bien longtemps que je ne te l’ai dit avec des baisers et des caresses d’amour parce
que tu ne viens plus depuis longtemps qu’un peu le soir. Mais je serai bien heureuse
le jour où tu me mettras à même ta ravissante petite personne que j’aime et que j’adore.
Clairette lit sa messe dans un coin. Je suis
bien contente de mon explication d’hier et du résultat qu’elle a eu. J’ai trouvé,
contre mon attente, la maîtresse parfaitement bien et quant à ma fille il est
impossible d’y mettre plus d’obéissance et plus d’affection que ne l’a fait ce pauvre
enfant. Voici encore une chose éclaircie. J’espère que ce sera la dernière. J’espère
que le bon Dieu aura pitié d’elle et de moi et qu’il éloignera de sa vie tous les
périls et tous les dangers que je redoute.
Comment va Dédé, mon Toto, comment vont tes chers gamins ? Il
ne faut pas laisser Dédé s’enfoncer dans une tristesse qui n’est pas de son âge. Il
faut la distraire et l’égayer cette enfant. Puisque tu veux l’envoyer chez
M. Ménessier tu feras très bien de le
faire. Pauvre petite. Je ne supporte pas la pensée de la savoir en proie à un chagrin
aussi sombre et aussi profond que celui que tu m’as dit. Si cocotte peut la faire sourire et lui donner une lueur de joie, je la lui donne avec
empressement. Embrasse-la pour moi mon Toto et aime-moi. Tu ne seras que juste car
je
t’aime comme jamais homme n’a été aimé. Je baise tes yeux, ta bouche, tes mains et
tes
chers petits pieds.
Juliette
« 15 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 209-210], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10767, page consultée le 02 mai 2026.
15 octobre [1843], dimanche soir, 4 h. ¾
Vous voyez bien que vous êtes un scélérat et que j’ai eu tort d’avoir confiance en
vous pour aller chez le bric-à-brac. J’ai encore bien plus tort de vous aimer ma foi
car Dieu sait le peu de cas et le peu d’usage que vous faites de mon amour.
Taisez-vous, vous n’avez pas la parole. Je ne vous la donne pas parce que vous me
diriez encore des menteries comme vous faites toujours. Vous feriez mieux de venir
tout de suite monstre. Qu’est-ce que vous faites chez vous, je vous le demande puisque
votre chenil est terminé ? Vous promenez vos goistapioux sans doute. Mais le temps n’est pas déjà si fameux pour se
promener et puis ET MOI ??????? Il n’y a jamais rien pour moi qu’une vieille soucoupe
de rien du tout. Oui, oui je vous connais bien, allez. Si je suis une vieille rapace,
vous êtes un vieux avare. Voilà mes vérités toutes CHESSES. J’en suis fâchée pour vous et pour moi,
c’est comme ça. Clairette et la France pittoresque, c’est-à-dire qu’elle regarde les
nuages pour le moment, ce qui ne manque pas d’intérêt pour une personne quelle qu’elle
soita.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Vous êtes un scélérat mais je ne vous crois plus. Je veux mon machin, je veux
mon machin. Baisez-moi Toto et venez bien vite si vous voulez que je vous
pardonne.
Juliette
a « quelqu’elle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
