« 24 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 61-62], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10890, page consultée le 02 mai 2026.
24 avril 1843, lundi soir, 11 h.
J’en étais bien sûre que cette visite inaccoutumée cachait quelque affreux
désappointement pour ce soir. Tu n’as pas pu y tenir ; il a fallu que tu allasses
à
cette représentation. Je sais bien qu’il y a des raisons pour t’excuser. Mais ce qui
me blesse plus que je ne puis te le dire c’est cette continuelle cachotteriea, ce mensonge de tous les instants
que tu me fais sans raison aucune si ce n’est pour te moquer de moi. Je trouve que
si
tu m’aimais et si tu m’estimais un peu tu ne ferais pas ce que tu fais. J’ai le cœur
plein de tristesse et de dégoût. Je sens que tout mon amour, tout mon dévouement et
toute ma fidélité sont non avenus pour toi en supposant que ce ne soit pas des choses
ridicules. Je suis triste, triste. Il ne faudrait pas beaucoup de soiréesb comme celle-ci pour me faire mettre la
clef sous la porte.
J’espère que Mme de Girardin sera contente, que Mlle Rachel sera heureuse car tu
auras fait le paladin et le galantin à tout crin ce soir. Moi, pendant ce temps,
j’aurai donné audience à la vieille mère de Mme Pierceau et je me serai fait le plus de chagrin et
le plus de mal possible. Mais c’est assez bon pour moi. Qu’importe que je souffre
si
tu as brilléc ce soir, qu’importe
que je crève de jalousie [Plusieurs mots illisibles.] sur la
tête si tu t’amusesd et si tu es
heureux. En somme tout est dans l’ordre et je ne vois pas de quoi je me plaindrais.
Aussi, je ne me plains pas. Je trouve tout cela tout simple et ce que j’en dis c’est
pour dire quelque chose, voilà tout. Mais la pièce doit être finie depuis longtemps ?
Il est vrai que c’est justement après la pièce que ton rôle
commence. Allons bon succès et bonne chance, bravo et bravi surtout.
Juliette
a « cachoterie ».
b « soirée ».
c « briller ».
d « amuse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
