« 16 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 277-278], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11384, page consultée le 26 janvier 2026.
16 mars [1837], jeudi soir, 7 h. ½
Il y a bien plus d’une heure d’écoulée entre votre menace et son exécution fanfaronne
de juge que vous êtes. Heureusement qu’on n’est pas votre dupe et que dans les
prétendus pièges que vous tendez aux autres, vous y laissez votre propre queue [Dessina]. Un homme qui vient de tendre un piège et qui n’est pas très drôle, faut-il
que j’aie de la mansuétude pour faire toutes les bêtises que vous exigez de moi avec
toutes les tyrannies dont votre affreux sexe est capable. Si jamais je redeviens femme
vous verrez que je vous ferai payer tout cela plus cher qu’au marché.
Jour, un petit Toto, jour un petit O. Qu’est-ce que vous faites à présent, qu’est-ce que
vous dites et où êtes-vous vieux oto ? Je suis
sûre que vous faites le gentil à l’heure qu’il est, et que vous aurez l’effronterie
de
me dire à moi : je travaille, j’ai travaillé, je vais travailler, menteur, mensonge et
menteries, voilà toute la vérité. Le fait est que vous ne travaillez pas du tout,
et
que vous ne faites que vous étouffer de rire avec des autres que moi. Mais l’heure
de
la vengeance approche et bientôt elle sonnera sur votre tête coupable un affreux
carillon dine, dine, din, din, don, don, dam, dam, dine, din, don, dam, ça t’est égal,
vilain scélérat. Que je voudrais te tenir, comme je t’en ferais voir de dures, des
baisers par ici, des chatouillements par là et beaucoup de morceaux de viande
d’enlevés. Cher petit homme chéri, tu devrais mettre le comble à tes bontés en venant
de bonne heure ce soir soit pour dessiner à côté de moi, soit pour me faire sortir,
car le temps me paraît bien doux et bien beau et que j’ai besoin d’air et
d’exercice.
Je n’ai pas encore eu le temps de me débarbouiller, cependant j’ai
toujours trente-six tours, j’allais dire trente-six ans, quelle boulette !
Heureusement que c’est avec toi mon confident et mon meilleur ami, ce qui ne tire
pas
à conséquence. Mais quel malheur si j’avais laissé échapper cela devant du MONDE.
Mon
cher petit homme, vous seriez très gentil de m’avoir encore une fois une baignoire
à
l’opéra soit dimanche, soit unb autre
jour, pour y conduire une fois ma pauvre petite Claire qui jusqu’à présent n’a pas eu d’autre régal que SAINT- ANTOINE,
ce qui est bien maigre. Jour, un petit Oto, je vous attends avec impatience et bonhommie
quoiqu’il y ait bien des chances contraires entre nous, ce que j’appelle dans mon
ARGOT LES BARRICADES DE JULIETTE1.
Je t’embrasse toujours et de tout mon
cœur, et je ne pense qu’à toi, et je n’aime que toi et je ne veux que toi dans ce
monde et dans l’autre car j’y porterai mon amour si on y admet cette sorte de
bagages.
1 Jeu de mots avec « les barricades de juillet [1830] ». Cette métaphore désigne les règles (qui, telles des barricades, barrent l’accès).
a Dessin :

b « une ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
