28 janvier 1852

« 28 janvier 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 45-46], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8477, page consultée le 02 mai 2026.

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Je me confie à toi toujours, mon adoré, j’espère que cela t’inspirera à ton tour la même confiance envers moi et que tu me diras tout le cas échéant. Pauvre adoré je suis si bien décidée à ne pas te suspecter même quand quelque chose me paraît inquiétant que je ne te demanderai pas pourquoi tu passes prendre tes lettres chez ton [boos ?] avant l’arrivée de Suzanne. Si c’est par impatience bien naturelle de savoir des nouvelles de Paris plus tôt, tu as raison et je t’approuve de toutes mes forces. Si c’est pour me dissimuler quelque chose qui intéresse ma sécurité, ma vie et mon bonheur, tu as triplement tort car, quoi que tu fasses, mon pauvre adoré, il viendra un moment où je saurai tout fatalement ; et ce qui m’aurait été supportable, ta franchise aidant, me deviendra odieux et peut-être mortel pour me l’avoir caché. Songes-y, mon bien-aimé. Je t’écris ces lignes avec ce qu’il y a de plus suppliant, de plus honnête, de plus doux et de plus confiant dans mon cœur. Lis-le avec la pitié, avec la probité, la tendresse et la loyauté de toute ta conscience. La vérité au grand jour vaut mieux que le plus petit mensonge que l’on cache dans l’ombre. Je te dis cela ici, mon adoré, pour ne jamais t’en parler à toi-même afin que tu ne te méprennes pas sur mes paroles et que tu ne croies pas que c’est une sorte de retour à la défiance. Non, mon Victor bien-aimé, je ne me défie pas de toi maintenant, Dieu le sait et nos pauvres anges aussi. Mais je ne suis pas sûre que tu en sois assez convaincu pour tout me dire. C’est donc la confiance en moi qu’il faut que je t’inspire. Pour cela il n’est rien que je ne fasse et ne souffre pour le mériter, mon Victor, mon bien-aimé, mon vénérable et sublime adoré. Je mets toute ma gloire à te servir à genoux et tout mon bonheur dans ton amour loyal et confiant. Je baise tes pieds en attendant que je noie mon âme dans tes [illis.].

Juliette

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.