« 19 mai 1848 » [source : MVH, 8090 ], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4865, page consultée le 04 mai 2026.
19 mai [1848], vendredi matin, 8 h
Bonjour, toi, bonjour, vous, qu’est-ce qui vous a donc encore empêché de revenir hier
au soir ? J’ai bien peur de deviner le vrai motif et si je ne le dis pas tout de suite
c’est pour ne pas me débarbouiller moi-même avec une hideuse vérité comme celle-là
dès
le matin à jeun. Quand j’aurais pris un peu plus mon parti je vous prouverai que JE
SAIS TOUT et alors ce sera à vous de trembler. D’ici là, jouissez de la République
et
de la liberté que je vous laisse. Plus tard il ne sera peut-être plus temps.
Que
dites-vous de cette température drolatique ?
Quant à moi j’en profite pour me
donner des bons rhumes de cerveau que j’expectore par tous les bouts à la fois. Je
tousse, je mouche, j’éternue, je pleure, je grogne, je bave. Rien n’y manque. C’est
parfait d’exécution. Il ne faudrait plus que des gendarmes pour être au grand complet
mais les Républiques n’en veulent pas. Maintenant je voudrais bien savoir quand je
vous verrai ? Si c’est une indiscrétion je vous prie de me la pardonner et de
m’apporter la réponse le plus tôt possible. Je suis assez pressée de mon naturel et
je
vous avoue que je suis à bout de patience. Maintenant que vous savez tout baisez-moi
consciencieusement.
Juliette
« 19 mai 1848 » [source : MVH, 8091], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4865, page consultée le 04 mai 2026.
19 mai [1848], vendredi soir, 9 h.
Je t’écris bien tard, mon bon petit homme, mais j’aime mieux tard que jamais.
D’ailleurs l’amour ce n’est pas comme les œufs à la coque : on peut le laisser sur
le
feu sans inconvénient. Il est de sa nature incombustible comme l’amiante.
Tu ne
m’as pas dit tantôt que tu ne reviendrais pas me voir ce soir mais tu ne m’as pas
dit
non plus que tu pourrais revenir ; dans le doute je suis assez inquiète sur le sort
de
mon pauvre petit quart d’heure de grâce et je n’ose me livrer ni à la joie de
l’espérance ni aux regrets de la déception. Je vis dans une espèce de juste milieu
terne et désagréable qui n’est rien moins qu’aimable. Si je pouvais te faire parvenir
des propositions de corruption je le ferais pour te décider à venir tout de suite.
J’irais même jusqu’à renoncer à mes onze sous de faux frais d’hier. Malheureusement
je
ne peux pas faire jouer le télégraphe électrique pour te faire parvenir cet envoi,
ce
qui me désespère car je suis sûre que tu n’y aurais pas résisté. Moi-même qui te fais
ces offres insensées je n’y résisterais pas non plus si elles m’étaient faites de
bonne foi et en tout bien tout honneur. Puisse ton instinct te guider et t’amener
bien
vite dans les bras de mes onze sous, c’est le vœu le plus CHER
à mon cœur de Juju.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
