« 19 mai 1847 » [source : MVH, α 7907], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2131, page consultée le 07 mai 2026.
19 mai [1847], mercredi matin, 8 h. ¾
Bonjour, vous, bonjour toi, bonjour, sur le plus vieux, le plus laid,
le plus fripéa, le plus gras et le
plus sale des papiers. Bonjour c’est assez bon pour vous. Je voudrais en avoir encore
de plus hideux pour vous humilier davantage. Voime,
voime, c’est bien fait. Voulez-vous jouer aux dames aujourd’hui ? Voulez-vous
dix francs ? Mes petites boîtes et mes charmants pots sont-ils à votre goût ? Je vous
les donne…. b Pas si bête, vous accepteriez comme un pair de France que vous êtes. Je ne
vous joue rien… que des pieds de nez variés sur l’air : J’ai du bon tabac. Maintenant
si vous éprouvez le besoin de vous réhabiliter à mes yeux et de vous poser en grand
homme, en académicien généreux, je ne m’y oppose pas et je ne me mettrai pas en colère
si vous m’apportez beaucoup de jolies choses. Je vous en donne ma parole d’honneur
la
plus sacrée.
Allez-vous à la Chambre aujourd’hui ? Dans ce cas-là j’irais vous
chercher si vous le permettez. Et même si vous ne le permettez pas j’iraic encore plus. Voilà mon caractère à présent. Je fais assez longtemps tout ce
que tu voulez1, c’est ton tour
maintenant. Je ne sors pas de là et je raiguise mon grand couteau afin d’être sous
les
armes quand le moment arrivera.
Juliette
1 Conjugaison intéressante !
a « frippé ».
b Quatre points de suspension.
c Juliette utilise successivement le conditionnel et le futur, « j’irais » et « j’irai ».
« 19 mai 1847 » [source : MVH, α 7908], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2131, page consultée le 07 mai 2026.
19 mai [1847], mercredi après-midi, 1 h.
Je voudrais bien savoir si tu iras à la Chambre tantôt et si je
pourrai aller t’y chercher ? J’espère que tu n’irais pas sans venir baigner tes yeux
en passant. En même temps tu me diras si je peux aller t’attendre à Saint-Sulpice
ou à
la rigueur chez Mlle Féau ? En attendant je fais ce que je peux pour trouver le temps moins
ennuyeux et moins insupportable loin de toi. Pour cela je ne pense qu’à toi, je ne
désire que toi, je ne m’occupe que de toi et je n’aime que toi.
Comme je te l’ai
dit hier j’ai envoyé chercher des pavots ; comme tout le reste ils sont beaucoup plus
chers cette année que les précédentes et beaucoup moins beaux. Il y a cependant encore
avantage à les acheter en gros. Et puis cela s’ajoute
agréablement aux dix francs que je dois te donner tous les jours jusqu’à la fin du
mois, quitte à jouer le reste aux dames ou à l’employer en fondations pieuses. Tu
décideras cela quand nous y serons.
Il fait un temps lourd qui me donne mal à la
tête et il me semble que cela me ferait du bien de marcher et d’être avec toi
n’importe où. C’est si bon d’être avec toi que je ne sens plus aucun de mes maux dès
que je te vois. C’est pour cela que je suis presque toujours blaireuse et malingre. C’est votre faute, scélérat,
mais je vous pardonne.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
