« 13 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 285-286], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11636, page consultée le 04 mai 2026.
13 mars [1844], mercredi matin, 10 h.
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour tu seras sans
doute encore assailli et poursuivi par les candidats1 aujourd’hui. Il fait pourtant un temps
charmant et j’aurais été bien heureuse d’en profiter avec toi. Mais enfin, puisque
cela ne se peut pas, n’en parlons plus. Je viens de séparer Cocotte et Jacquot lesquels, après s’être fait force mamoursa, se pignochaient à qui mieux mieux,
c’est-à-dire que ce gros brutal de Jacquot
l’aurait égorgée si je ne m’étais pas trouvée là. Maintenant ils sont occupés tous
les
deux à remettre leurs plumes en place, lesquelles se sont trouvées légèrement
ébouriffées après la bataille.
Mais je ne les remettrai plus sous le même toit
parce que la pauvre Cocotte courrait le
risque d’être chourinée par ce hideux et féroce Coco. Tout mon lit est couvert d’encre et de poudre. Dieu que c’est
amusant d’avoir une petite ménagerie à domicile ! Je commence à en avoir mille fois
assez pour ma part. Je trouve que c’est déjà trop d’avoir un OURS sans y joindre
d’autres monstres féroces. Voilà mon opinion. Il est probable que je ne vous verrai
que ce soir, si je vous vois. Je vais donc penser à vous et tâcher de n’être pas trop
impatiente. C’est bien facile à dire mais cela l’est très peu à faire. Je vous aime
trop.
Juliette
1 Deux sièges se sont libérés à l’Académie française et plusieurs candidats, dont Vigny et Sainte-Beuve, se disputent ces places.
a « mamour ».
« 13 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 287-288], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11636, page consultée le 04 mai 2026.
13 mars [1844], mercredi soir, 6 h. ¼
Encore une journée triste, mon bien-aimé, celle de demain ne sera pas meilleure, ce
n’est pas ce qui me console. Je fais tout mon possible pour prendre mon mal en
patience mais je n’y réussis pas. Tu auras eu encore des candidats aujourd’hui1. Je leur
souhaite la peste et le choléra-morbus2. Je souhaite aux Immortels de vivre comme Mathusalem et plus encore
si cela leur fait plaisir, pour ne plus entendre parler de ces hideux candidats et
de
leur auguste famille.
En attendant, j’ai un mal de tête qui ne me quitte pas
depuis plusieurs jours, c’est toujours autant. Est-ce que je ne te verrai pas même
une
seconde avant ton dîner ? Dieu merci, ce sera gentil et cela égaiera bien la longue
soirée que j’ai à passer seule. Vraiment, mon Toto, tu n’es pas gentil, car enfin
qui
veut la fin veut les moyens. Si tu veux que j’aie du courage et de la patience, il
faut au moins en renouvelera la
provision de temps en temps en venant me voir.
Je souffre beaucoup ce soir, mon
Victor. J’aurais dû ne pas même t’écrire ce gribouillis qui ne sert à rien qu’à te
dire des choses que tu sauras toujours assez : que je souffre, que je suis triste,
que
je suis maussade et découragée mais que je t’aime.
Juliette
1 Deux sièges se sont libérés à l’Académie et plusieurs candidats, dont Vigny et Sainte-Beuve se disputent ces précieuses places.
2 Appellation archaïque du choléra.
a « renouveller ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
