« 23 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 57-58], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10889, page consultée le 05 mai 2026.
23 avril 1843, dimanche matin, 11 h. ½
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon cher adoré. Comment vas-tu, comment
m’aimes-tu ce matin ? J’espérais que tu serais venu te reposer auprès de moi. J’ai
été
trompée dans mon espoir. Cela m’arrive assez souvent pour n’en être pas étonnée,
n’est-ce pas ? Eh ! bien c’est tout le contraire. Le chagrin de ne pas te voir est
aussi vif que la première fois ; de même le plaisir d’être avec toi est aussi grand,
aussi nouveau, aussi ravissant que la première heure où nous nous sommes possédés.
C’est pour cela, mon adoré, que je te dis toujours les mêmes choses depuis plus de
dix
ans : – reproches ou remerciements, plaintes ou espoirs je n’ai que deux cordes que
tu
fais vibrer tout à tour : la tristesse ou le bonheur. Et plus souvent la première
que
la seconde. Je t’aime mon Victor adoré comme le premier jour de notre amour. Je
t’aimerais plus encore si le plus était possible après
l’infini. Pense à moi, mon Toto chéri, et tâche de ne pas me laisser toute cette
longue journée sans te voir. Voilà déjà deux fois que tu me fais la promesse d’un
petit voyage prochain. Mais, tu m’as tant promis ces deux années passées sans résultat
que je n’ose plus me fier à cette dernière promesse. Je n’y croirai que lorsque nous
serons dans la diligence. Jusque là, je suis comme saint Thomas.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime et vous ????? Je n’entends pas bien la réponse d’ici : tâchez de
venir me la faire dans le tuyau de l’oreille bien vite. Tâchez aussi de m’être bien
fidèle ou je vous tue net comme Dominus.
Juliette
« 23 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 59-60], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10889, page consultée le 05 mai 2026.
23 avril 1843, dimanche soir, 11 h.
Je ne vous avais pas encore écrit ce second gribouillis tantôt, mon cher scélérat,
quand Mme Pierceau est venue. C’est ce qui est cause que je vous l’écris si tard.
Je ne suis du reste pas très contente de vous quoique vous soyez très joli et même
beaucoup trop joli. Il n’en est pas moins vrai que vous êtes allé à cette répétition
de Judith1 après m’avoir dit que vous n’iriez pas. Il y a aussi une
certaine clef chez moi dont je ne comprends pas trop la présence. Enfin tout ça n’est
pas clair et j’ai besoin d’une fameuse explication pour croire à votre innocence.
En
attendant, je suis presque sûre que vous me trompez et que vous êtes un infâme
scélérat. Je vais me coucher avec cette pensée couleur de rage et un mal de tête
couleur de migraine. Tâchez de ne pas me laisser trop longtemps aux prises seule avec
cette ravissante compagnie car vous pourriez bien me retrouver [illis.] derrière ma
porte.
J’espère que cette bonne Madame Pierceau fait un tour de force avec vos [chausses ?] ! 12
[illis.] et 15 [illis.] meilleur marché que les vôtres et beaucoup plus finies et beaucoup
plus solides. Décidément la bonne foi des marchands ne
m’inspire qu’une confiance médiocre. C’est comme votre fidélité : taisez-vous,
monstre, vous devriez rougir de honte si vous aviez du cœur. Je vous attends avec
plusieurs triques.
Juliette
1 La première représentation de Judith de Delphine de~Girardin a lieu le 24 avril au Théâtre-Français.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
