« 4 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 205-206], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7600, page consultée le 12 août 2026.
4 mars [1841], jeudi, midi ¾
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon amour adoré. Comment vas-tu mon cher petit homme
ce matin ? Je n’ose pas te demander comment tu as passé le reste de la nuit, mon
pauvre bien-aimé, car je le sais trop bien. Moi je n’ai jamais eu plus mal à la tête ;
voilà trois jours que je m’en plains mais vraiment cette nuit c’était trop fort, j’ai
cru que je ne pourrais pas me lever1. Enfin cela va mieux pourtant, j’y vois presque
clair et je peux avaler ma salive, chose assez difficile pour moi toute la nuit tant
j’avais lesa amygdalesb enflées. Dieu merci. Ma lettre n’est
qu’un bulletin absurde de ma santé, comme si c’était vraiment une chose bien
intéressante que mes maux non imaginaires.
Voici quelque chose de plus drôle :
l’épicier est venu ce matin, la note se montait à 41 F.
9 sous sur lesquels compris les 6 F. de cette nuit.
J’ai donné 21 acompte, la bonne a parfait le reste mais il
paraît que sans le 6 F. d’appoint elle aurait été trop à
court. Ce qui prouve qu’un peu d’aide fait grand bien. Voime, voime, pauvre chéri. Personne ne t’aide toi, tu as le fardeau à toi
tout seul, pauvre bien-aimé, et tu ne te plains jamais et tu ne te lassesc jamais, pauvre ange bien-aimé. Je sens
bien tout cela va, avec le cœur et l’âme, et je t’adore.
Juliette
1 Dans sa lettre de la veille, Juliette s’est plainte de la fumée qui envahit son « taudis » et qui l’asphyxie, ce qui n’arrange pas son état.
a « le ».
b « amigdales ».
c « lasse ».
« 4 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 207-208], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7600, page consultée le 12 août 2026.
4 mars [1841], jeudi soir, 6 h. ½
C’est vraiment une mystification que vos visites, mon cher freluquet, à peine si vous
prenez le temps d’entrer et de me montrer vos beaux habits et vous êtes déjà parti.
Ce
genre est loin de m’amuser, quoiqu’il soit déjà très vieux, et je vous prierai d’en
changer si vous ne voulez pas que je vous SANGE1. Ceci est très sérieux, je ne suis pas d’humeur à
rester plus longtemps de planton2 pour un Toto qui va se pavaner tout le long
des boulevards au soleil et aux yeux des cocottes qui font comme lui. Arrangez-vous
là-dessus mais je ne veux plus rester en Cendrillon toute seule chez moi. C’est fini,
je ne le veux plus, je ne le veux plus et vous savez que ce que
femme veut Dieu le veut. Vous n’avez pas le droit d’être plus entêté que lui.
Je vous dis que vous êtes une bête et baisez-moi.
On va vous faire des
caleçonsa tout pareils aux vôtres,
plus jolis, plus solides et plus de la moitié moins chersb. La chose en vaut la peine, n’est-ce
pas ? Je vais faire tremper la toile ce soir à l’eau bouillante afin qu’elle fasse
tout son effet.3 Si
vous n’étiez pas venu au moment où je concluais mon marché, vous ne m’auriez pas fait
perdre 10 sous que cette Penaillon m’a retenusc à
cause de votre belle mine, de vos beaux habits et de vos grands airs (pas d’opéra
comique). Vous serez cause de ma ruine en vérité, en vérité je vous le dis.
Je
vais commencer à copier tout à l’heure. Tâchez de venir bien vite, mon cher petit
faquin.
Juliette
1 Déformation volontaire pour « change ».
2 Expression militaire : service de soldat auprès d’un officier.
3 Cela fait quelques jours déjà que Juliette s’occupe de cette affaire (voir notamment la lettre du 2 mars au soir).
a « calçons ».
b « cher ».
c « retenu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
