22 août 1845

« 22 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 178-179], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12113, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon Victor adoré, bonjour, comment vas-tu aujourd’hui ? As-tu été mouillé cette nuit ? Je pense toujours vingt-quatre heures après qu’il n’est plus temps aux choses nécessaires. J’aurais dû te dire hier au soir de prendre le parapluie de Suzanne pour t’en aller. Mais je suis stupide, je ne pense à rien quand tu es auprès de moi qu’au bonheur de te voir, et quand tu t’en vas qu’au regret de te quitter. J’espère que mon oubli ne t’aura pas fait de mal et que la pluie avait cessé quand tu es parti.
Jour, Toto, je n’ai pas encore lu Teverino1. Damea, je ne suis pas payée pour cela. Quand vous m’aurez donné mes HUIT SOUS, compris le no d’aujourd’hui, je me risquerai à lire ce feuilleton blaireux. Mais jusque-là, je ne suis pas si bête, je n’ai pas besoin de m’ennuyer et de faire des efforts pour me rendre plus bête encore que je ne suis. Je suis comme Richib de ce côté-là. Aussi je garde mon temps et ma peine pour une meilleure occasion. Baisez-moi Toto, et songez à mettre à profit la permission que vous a donnée M. Louis. N’attendez pas que les barrières soient posées, à moins que vous ne teniez à ce que je vous HUE.

Juliette


Notes

1 Du 19 août au 8 septembre 1845, La Presse publie un feuilleton, Teverino de George Sand.

Notes manuscriptologiques

a « Dam ».

b « Richi ».


« 22 août 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 180-181], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12113, page consultée le 24 janvier 2026.

Tu n’es pas revenu, mon Toto, et j’ai grand peur que tu ne reviennes pas avant l’heure de ton dîner. Si cela était, je ne serais pas très contente. Tu vas encore te fatiguer à travailler trop tôt et puis tu retomberas malade. C’est vraiment bien calculé pour un homme qui se pique de raison et de raisonnement. À votre place, je serais venuea encore aujourd’hui me reposer auprès de MOI, j’aurais lu Teverino1 avec recueillementb et j’aurais baisé ma Juju avec fureur. Vous voyez bien que j’ai plus de raison de conduite que vous malgré vos cheveux noirs et vos petits doigts roses. Si tu savais ce que je souffre aujourd’hui, mon Victor chéri, tu me permettrais d’user un peu du remède infernal. Je t’en prie. Je suis sûre que cela ne me fera que du bien. D’abord je sais la manière de m’en servir et j’ai autant de prudence que tu n’en as pasc. Vraiment puisque cela me soulage, tu ne devrais pas t’y opposer. Si mon mal continuait, je ne pourrais peut-être pas me lever demain, sans aucune espèce de plaisanterie.
Cher petit homme, je vois bien que je ne te verrai pas avant ce soir très tard. Je tâche d’avoir du courage et de la résignation, deux vertus qui sont usées jusqu’à la corde chez moi à force d’avoir servi. Je te désire, je t’attends, je te baise et je t’aime.

Juliette


Notes

1 Du 19 août au 8 septembre 1845, La Presse publie un feuilleton, Teverino de George Sand.

Notes manuscriptologiques

a « je serais venu ».

b « recueuillement ».

c « tu en as pas ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.