« 31 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 309-310], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5539, page consultée le 24 janvier 2026.
31 octobre [1844], jeudi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon beau petit Toto chéri, bonjour, mon cher petit homme ravissant, bonjour,
toi que j’aime, comment vas-tu ce matin, mon pauvre petit piocheur ? As-tu pris du
repos cette nuit ? Je crains que tu n’aies eu bien froid sans feu. Je trouve que c’est
bien imprudent à toi de travailler sans feu. C’est le moyen de se donner une
congestion cérébrale. Il faudrait faire faire du feu par Étienne le soir, le plus tard possible, et une fois
bien arrangé, il peut aller très avant dans la nuit sans que tu aies besoin de t’en
occuper. Pense, mon amour, que, outre la souffrance que tu t’imposes en travaillant
sans feu, tu risques de te donner la plus horrible et la plus dangereuse des maladies.
Et puis, si tu ne la redoutes pas pour toi, pense à moi, mon Toto, pour qui cette
inquiétude est de trop. J’ai bien assez à faire de supporter ton absence sans y
ajouter la crainte que tu ne sois malade. Je te paie le café
si tu veux te faire faire un bon feu tous les soirs. En attendant, je te le repaie
encore si tu veux venir tout de suite me baiser.
J’ai presque envie de faire
venir une voie et demie de bois car il est plus que sûr que
nous n’en aurons pas assez pour passer le plus gros de l’hiver avec une seule voie.
Cependant, comme je ne t’en ai pas prévenu hier, j’hésite. Je verrai à me décider
au
moment où j’enverrai Suzanne le chercher. Je
l’envoie aujourd’hui parce que demain c’est fête et que nous n’en avons plus que
jusqu’à ce soir. Il est probable que M. Marre viendra tantôt, à moins que son auguste moitié n’ait changé
d’avis. Mais je voudrais, dans tous les cas, que cela ne t’empêche pas de venir à
ce
moment-là. Il est vrai que ce sera l’heure de l’Académie et tu n’es pas homme à
délaisser cette vieille [refroignée ?] pour moi. Taisez-vous car c’est
vrai. Vous ne pensez à moi que lorsque tout le monde est content. C’est ce qui fait
que vous n’y pensez jamais. Taisez-vous, taisez-vous ou je vous tire le nez. Ah !
mais
je ne plaisante plus.
Juliette
« 31 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 311-312], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5539, page consultée le 24 janvier 2026.
31 octobre [1844], jeudi soir, 6 h.
Cher bijou bien aimé, j’aurais bien envie et bien besoin de grogner pour me soulager
un peu et pour faire diversion à l’énorme ennui qui s’est emparé de moi depuis que
je
sais que je ne dois pas te voir de toute la soirée. Mais je crains que cela ne te
fasse aucun effet, c’est ce qui me retient. Cependant, je ne
saurais m’empêcher de te dire que je trouve les voyages de M. Bernard bien trop fréquents pour être vrais. Quelle quea soit la rage de déplacement dont cet homme soit saisi, il est
impossible de croire qu’il le pousse jusqu’à faire cent lieues tous les quinze jours.
Si cela était, ce monsieur ferait mieux d’être conducteur de diligence que député
et
je ne m’y opposerais pas. Toujours est-il, mon amour, que j’ai martel en tête et que
j’ai plus envie de pleurer que de rire.
J’ai vu M. Marre tout à l’heure. Il m’a donné une nouvelle
note et fait de nouvelles instances pour que tu écrives le plus tôt possible à son
directeur parce qu’il craint d’arriver trop tard. Maintenant c’est à ta diligence.
J’ai mal à la tête et je sens que cela ne fera que croître et embellir avec les
idées biscornues qui me trottent dans la tête. J’ai bien
envie d’essayer d’aller voir chez vous ce qui s’y passe. Vous savez que cela m’est
déjà arrivé et chez ce même M. Bernard, ce qui a été cause que je vous ai trouvé en
orgie chez Anténor Joly. Je ne serais pas
étonnée, si je refaisais ce soir la même démarche, qui sait, je vous trouverais
peut-être dans un moment très intéressant… Toto, Toto, méfie-toi car je sens
furieusement la jalousie. Prends-garde [à] toi, Toto, je ne te dis
que ça pour le quart d’heure.
Juliette
a « quelque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
