« 5 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 332-333], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9555, page consultée le 25 janvier 2026.
Aux Metz, lundi matin [ [5 octobre 1835 ?]]1, 8 h. ¾
Bonjour, mon cher adoré, j’espère que tu auras passé une meilleure nuit que moi
puisque tu n’avais pas les mêmes raisons pour souffrir. J’ai donc passéa une nuit affreuse, sans dormir une
heure de suite et dans un désespoir dont tu n’as pas d’idée si tu n’as jamais rien
perdu auquel tu tenais autant qu’à ton amour. Aussi ce matin, suis-je à faire peur.
Mon mal de tête n’a pas diminué et mon genou me fait beaucoup de mal. Je suis vraiment
bien malade.
Je suis allée encore ce matin jusqu’au chemin voir si par un
miracle je ne retrouverais pas mon trésor. Mais je n’ai rien
vub et je suis revenue encore plus
triste comme si j’avais perduc mon
dernier espoir. Et cependant, il m’en reste encore un tout petit, celui de retrouver
ma pauvre petite lettre sur le chemin des Metz aux Roches, après quoi tout sera fini,
car tu n’es pas homme à faire pas à pas tout le chemin que nous avons fait hier pour
retrouver peut-être une partie du bonheur de ta Juju. Moi, je ferais tout le chemin
qu’on voudrait par la pluie, la grêle et le tonnerre pour avoir chance de retrouver
ma
chère petite lettre, mon trésor, mon amour.
Je suis vraiment trop malheureuse.
La vie m’ennuie. Mon Dieu, mon Dieu, que je suis malheureuse.
Pourvu que tu
n’ailles pas rire de mon chagrin, pourvu que tu me plaignesd et que tu comprennes bien ma
tristesse. Je t’avoue que je crains que tu n’aies pas pour cette souffrance autant
de
compassion qu’elle en mérite. Je suis vraiment bien à plaindre, va. Je t’aime, mon
Victor, je t’aime dans tout, je t’adore sous toutes les formes. Tout ce qui est toi
ou
me vient de toi m’est si précieux que je suis bien malheureuse quand j’en perds une
parcelle. Ainsi, juge.
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
a « passée ».
b « vue ».
c « perdue ».
d « tu me plaigne ».
« 5 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 334-335], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9555, page consultée le 25 janvier 2026.
Aux Metz, lundi soir [ [5 octobre 1835 ?]]1, 7 h. ¾
Je ne suis plus aussi triste ni autant exaspérée qu’hier au soir et que ce matin.
Je
ne suis que triste de ton absence, comme toujours mais je t’aime, mais je t’adore,
mais je suis heureuse de marcher à côté de toi. Ainsi, juge de mon bonheur quand tu
tournes vers moi ta belle figure, juge de mon ravissement quand tu me serres dans
tes
bras, quand tu me dis que tu m’aimes.
Non, mon cher bijou, je ne m’ennuie pas
d’être avec toi quand tu travaillesa puisque je te vois. Je t’aime encore plus en songeant à ton
courage, à ta persévérance.
Je suis rentrée à 7 h. précisesb. J’étais extrêmement fatiguée à cause
de mon genouc et de l’inconvénient
dont je t’ai parlé et qui m’était survenu pendant l’événement d’hier au soir. Je me
suis déshabillée, j’ai rangéd mes
affaires, j’ai comptée et baiséf mes petites lettres, j’en ai cinq. Quel trésor, quel bonheur !
Maintenant je suis à
table avec mon potage devant moi mais je ne veux pas le manger avant de t’avoir
ditg un peu ce que j’ai
dans l’âme. D’abord, je t’aime, je t’adore, je pense à toi, je te désire et je
t’espère car jamais temps n’a été plus favorable aux amoureux. Il fait un clair de
lune magnifique et le plus beau temps du monde. Ainsi si vous ne venez pas, vous
n’aurez pas d’excuse et je serai très mouzonne
demain.
Vous m’avez repris mon calembour que je croyais si bien à moi. C’est
très mal à vous de m’exproprier comme cela sans plus de façon. Aussi pour vous
apprendre, je vous aime et je vous attends et je suis prête à
tout.
1 En l’absence d’indication sur le quantième et le mois, la succession des lettres dans le classement de la BnF, les jours de la semaine et heures qui se suivent chronologiquement et le contenu des lettres nous invitent à proposer cette datation.
a « travaille ».
b « précise ».
c « genoux ».
d « rangée ».
e « comptée ».
f « baisée ».
g « de t’avoir dis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
