« 25 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 183-184], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5503, page consultée le 24 janvier 2026.
25 septembre [1844], mercredi midi ¾
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour mon bien-aimé, bonjour mon petit chiffonnier, comment va : Champs-Lysées1 ? J’attends de ses nouvelles avec impatience. Voime, voime, et de ses puces aussi. Affreux Toto,
va, il n’y a que toi au monde pour t’exposer à attraper la gale, les puces et le reste
avec le premier chat, coiffé ou non, que tu rencontres dans la rue. Taisez-vous, vous
êtes un cochon. (en Wallon : [illis.]). Dites-donc vous,
est-ce que vous n’allez pas bientôt finir vos poésies amoureuses avec Mlle Maria de N.2 ? Cela
commence à me faire monter la moutarde au nez. Je ne trouve pas que la prose wallonne soit une compensation suffisante à cette impertinente
et trop prolongée mystification. Je vous prie de m’en tirer d’un autre tonneau ou
je
vous ficherai des coups. En attendant, je vous conseille de marcher droit et plus
vite
que ça.
Claire n’a plus que cinq jours à rester à la
maison, mon Toto chéri. Penses-y et tâche de nous donner la joie que tu nous avais
promise3. Je t’en
prie, je t’en supplie, mon adoré petit homme. D’ici là, je vais t’aimer de toute mon
âme et te désirer de toutes mes forces.
Juliette
1 Champs-Lysées semble être un chat adopté par Victor Hugo.
2 Allusion à Doña Maria de Neubourg, la reine d’Espagne dans Ruy Blas. Juliette désigne à travers elle la duchesse d’Orléans.
3 Victor Hugo a promis à Juliette qu’ils iraient se promener à Villeneuve-Saint-Georges pendant les vacances de Claire.
« 25 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 185-186], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5503, page consultée le 24 janvier 2026.
25 septembre [1844], mercredi soir, 4 h. ¾
Mon cher petit bien-aimé, je suis à toi, je t’aime, je voudrais mourir pour toi. J’ai
le cœur rempli d’un amour ineffable et dévoué dont tu ne connaîtras jamais l’étendue
car, malheureusement, il ne me sera jamais donné de te prouver mon amour autrement
qu’en tendresses et qu’en protestations. Ce serait pourtant le plus beau jour de ma
vie que celui où je pourrais faire acte de véritable dévouement en te donnant tout
mon
sang.
J’ai vu Mme Luthereau tout à l’heure. Elle n’a fait qu’entrer et sortir. Elle a
apporté à Claire une petite théière en terre
cuite belge. Elle venait me dire qu’elle pensait dîner dimanche avec nous.
J’ai
écrit tantôt de mon mieux à la bonne Mlle Hureau, ainsi qu’à toutes ces dames Triger, Féau, y compris la mère Ledon.
A propos de mère Ledon, je n’ai plus d’argent. Il faudra que tu m’en donnes pour elle,
si tu peux, d’ici à la semaine prochaine.
Je te dirai, mon amour, que je crois
qu’on commence à déménager de mon futur appartement. Je ne
sais pas jusqu’à quel point je devrais m’en réjouir car tu es trop occupé et trop
fatigué pour pouvoir diriger un déménagement. Aussi, je ne pousse pas autrement de
rugissement, je laisse faire et j’attendrai très volontiers un temps plus opportun
pour toi (s’il peut y en avoir jamais). En attendant, je te baise et rebaise de toute
mon âme.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
