« 27 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 225-226], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11620, page consultée le 26 janvier 2026.
27 février [1844], mardi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon Toto bien aimé. Bonjour mon adoré petit homme. Bonjour mon Toto chéri.
Bonjour, bonjour je t’aime. Comment vas-tu ce matin ? Comment vont tes pauvres yeux
adorés ? As-tu pris un peu de repos cette nuit ? Quand me rendras-tu les bonnes
matinées d’autrefois ? Tu me les promets depuis longtemps mais tu ne me tiens pas
parole, cependant tu sais si je t’aime. Je ne veux pas que tu renonces à cette douce
habitude parce que je suis convaincue, que dans un temps donné, cela t’amènera à
l’indifférence, c’est-à-dire à ma mort car il me serait impossible de vivre sans ton
amour. Ce n’est pas ici une phrase toute faite, une banalité sans signification, c’est
la vraie et sainte vérité comme je la sens dans mon cœur. Aussi, mon Toto, je défends
pied à pied non seulement mon bonheur mais ma vie. Ce ne sera pas ma faute si je perds
la partie, je t’en réponds.
Que fais-tu ce matin ? Que deviens-tu ? Qu’est-ce
que tu feras dans la journée ? Tu m’as dit hier que tu ne pourrais pas me faire sortir
aujourd’hui, aussi je ne me dépêcherai pas, quoique je voie le temps se lever, je
reste dans mon lit pour économiser mon feu et pour faire la paresseuse. Je voudrais
pourtant bien aller voir cette pauvre femme1 mais enfin puisque tu ne le peux
pas il faut bien que je me résigne. Jour Toto,
jour mon cher petit o, je vous aime qu’on vous dit et je vous défends les filleulesa.
Je vous
permets moi, tant que vous voudrez mais rien au-delà ni autour, ni au-dessous, ni
au-dessus ou je vous ficherai des coups.
Juliette
1 Juliette fait référence à Mme Pierceau, gravement malade.
a « filleulles ».
« 27 février 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 227-228], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11620, page consultée le 26 janvier 2026.
27 février [1844], mardi soir, 9 h.
Je t’écris après mon dîner, mon Toto, parce que je n’ai pas voulu affamera plus longtemps ma pauvre servarde qui avait été de son côté chez Claire. Je te remercie, mon Toto, de ton beau
mouvement de tantôt mais cependant je ne regarde pas cela comme une vraie sortie, c’était trop étriqué après quinze jours de
retraite. Ça ne compte pas, je ne veux pas que ça compte. D’ailleurs vous me devez
un
fameux rabibochage pour le cadre1 que vous vous
êtes mis si adroitement sur l’estomac. Je vous préviens que vous n’en serez pas quitte
à si bon marché que vous croyez et que vous me le paierez à
tempérament sinon en tempérament. Vous regretterez
plus de mille fois de vous êtreb laissé
entrainéc à cette douce pente du
bric-à-brac.
Taisez-vous, vilain monstre. Vous devriez mourir de honte si vous
aviez le plus petit cœur. J’ai eu des nouvelles de ma pauvre péronnelle2 qui attend le [9 mai ?] avec impatience. Du reste elle a
toujours ses maux de tête et d’estomac. Elle travaille beaucoup à ce qu’elle me dit
et
sa lettre est très gentille. Tu la verras pour peu que cela t’intéresse.
En
attendant, je t’attends, ce qui n’est ni très nouveau, ni très amusant. Bonsoir Toto
je ne suis ni gaie, ni drôle, ni heureuse, cela se voit, de reste, n’est-ce pas ?
Juliette
1 À élucider.
2 Nom donné à Claire Pradier.
a « affammer ».
b « êtes ».
c « entrainer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
