« 21 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 77-78], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11582, page consultée le 25 janvier 2026.
21 janvier [1844], dimanche matin, 10 h. ¾
Bonjour mon cher adoré bien aimé. Bonjour toi que j’aime. Bonjour, bonjour mon Toto
chéri.
Je viens de recevoir une lettre de Brest1. Je suis furieuse et chagrine. Ces pauvres gens n’ont pas
reçu la caisse que je leur ai envoyée2 et que les Lanvin
s’étaienta chargés de faire
partir. Et puis, comme j’avais voulu économiser un port de lettre, j’avais mis la
mienne dans la caisse de sorte que ces pauvres gens n’avaient même pas entendu parler
de moi jusqu’au 17 de ce mois. Cela me contrarie d’autant plus que je ne suis pas
en
mesure de réparer la perte quoiqu’elleb soit très peu de choses en elle-même. Vraiment, ces choses-là
n’arriventc qu’à moi. Ce ne sont
que des contrariétés mais qui cependant ont le don de vous piquer au vif autant qu’un
malheur plus sérieux. J’ai passé une mauvaise nuit, j’ai encore les mains brûlantes
comme cette nuit. Voilà quatre jours que je suis toute mal à mon aise. Cela tient
à
l’hiver et au peu d’exercice que je fais. Il faudra pourtant que tu avises un autre
régime car celui-là me jouera un mauvais tour. Il faudra que tu me proposes de sortir
quand je pourrai raisonnablement en profiter.
En attendant, je grognonne dans
mon coin et je me dispose à manger vos huîtres qu’on apporte
à l’instant même. Elles me paraissent très bonnes et je regrette que vous ne soyez
pas
du festin. Il y a bien longtemps que ce bonheur ne m’est arrivé.
Juliette
1 De sa sœur et son beau-frère.
2 Le contenu de la caisse est inconnu.
a « c’étaient ».
b « quoi qu’elle ».
c « n’arrive ».
« 21 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 79-80], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11582, page consultée le 25 janvier 2026.
21 janvier [1844], dimanche soir, 5 h. ½
Vous étiez bien roulé pour un homme honnête tantôt
M. Toto. J’ai bien de la peine à croire à votre fidélité avec une coiffure aussi
incendiaire que celle que vous aviez tout à l’heure. N’oubliez pas que je vous crois
capable de tout et peut-être COUPABLE de tout et que je
raiguise1
mon grand couteau.
J’ai un mal de tête affreux ce qui ne me rend rien moins
qu’aimable. J’en suis fâchée pour cette pauvre péronnelle2 qui n’a pas
beaucoup de fou rire même quand je suis gaie et bien portante. Tu serais bien gentil
de venir de bonne heure ce soir et de lui dire des bêtises
pour l’amuser. Malheureusement c’est peu probable et la pauvre enfant en sera
pour son jour de congé et pour son travail car elle travaille chaque fois qu’elle
est
à la maison.
N’est-ce pas que je suis bien maussade, bien bête et bien blaireuse ce soir ? Je le sens plus que je ne peux te
l’exprimer, je m’indigne contre moi mais ma scélérate de migraine n’en tient compte.
Au contraire, plus je fais d’efforts pour la secouer, plus elle redouble d’intensité.
Il ne m’est pas prouvé que je ne sois pas forcée de me coucher d’ici à très peu de
temps. Je me dépêche de t’embrasser, mon pauvre adoré, et de tedemander pardon d’être
si bête que ça. Cela ne m’empêche pas de te trouver beau et de t’adorer.
Juliette
1 Néologisme signifiant « aiguiser de nouveau ».
2 Sa fille, Claire Pradier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
