« 7 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 137-138], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11499, page consultée le 24 janvier 2026.
7 décembre [1843], jeudi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour je t’aime, je
t’aime, je t’aime. N’aie pas peur de moi, mon Toto, je ne suis pas capable de faire
la
moindre indiscrétion sur rien de ce qui te touche. Rien de ce que tu vis n’arrive
sur
le bord de mes lèvres quand je parle de toi. Tout reste dans le fond de mon cœur,
mon
adoré, aussi sois bien tranquille de ce côté-là.
Tu as bien fait de me mener hier
chez cette pauvre mère Pierceau. C’est plus
que de la complaisance, c’est une bonne action. La pauvre femme est digne de toute
pitié et de toute affection car elle est bien malade et c’est une noble et excellente
créature. Quand tu pourras m’y conduire, pour la voir seulement, tu feras bien. C’est
un peu de courage et un peu de joie qu’on lui apporte et Dieu sait si elle en a
besoin.
Je crois que tu as une séance à l’Académie aujourd’hui. Tu serais bien
gentil si tu venais une toute petite minute en passant. J’ai tant besoin de te voir
que je cherche et que je saisis maintenant toutes les occasions qui peuvent servir
mes
besoins. C’est ce qui me fait te demander à sortir, mon cher amour, parce que cela
te
force à rester avec moi un peu plus de temps. Hier cette promenade était ravissante.
La joie d’être à ton bras m’ôtait toute fatigue. J’aurais marché toute la nuit sans
m’en apercevoir. C’est si bon d’être avec toi que je ne m’en lasse pas. Depuis onze
ans bientôt, il me semble que c’est la première fois que je m’appuie sur ton bras,
que
j’entends ta douce voix et que je vois ta ravissante figure. Mon cher petit bien-aimé,
c’est bien vrai tout ce que je te dis là. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Pense à
moi
mon cher petit bien-aimé. Aimes-moi et tâche de venir une petite goutte dans la
journée. Je serai bien heureuse.
Juliette
« 7 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 139-140], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11499, page consultée le 24 janvier 2026.
7 décembre [1843], jeudi soir, 7 h. ¼
Je fais avec ma chemise blanche ce que tu fais avec tes gants neufs le premier jour
où tu les mets, je prends mille précautions pour ne pas la salir ; il est vrai que
cela ne me réussita guère et que
j’aurais mieux fait de mettre tout de suite mon peignoir que de me montrer à moitié
vêtue à vos yeux. D’abord il ne fait pas chaud et puis c’est INDECENT. Voime, voime, mon cher petit académicien, vous avez
raison. Une autre fois je me collèterai jusqu’aux yeux pour ne pas vous scandaliser.
Voulez-vous que je vous nettoie votre chaine arabe ? Je me jette indéfiniment à vos
pieds pour obtenir cet honneur. Voime, voime, prends garde de le perdre. Je ne sais
pas ce qu’il ne faudrait pas de platitudes et de bassesse de votre part pour que je
consente à fourbir ce chef-d’œuvre du plus moyen des âges. Voyez si vous voulez avoir
une chaine propre au prix de votre dignité d’académicien, alors, mais seulement alors,
peut-être consentirai-je à la chose. Voilà mon ultimatum.
Faites-en ce que vous voudrez. Cher petit bijou d’homme, je suis votre esclave
soumise. Je serai trop heureuse de vous récurer, de vous [illis.] votre chaîne et tout
ce que vous voudrez.
Vous êtes mon ravissant petit homme que je baise et que
j’adore. Voilà ce que vous êtes. Quant à moi, je vous le répète, je ne suis que votre
servante, votre esclave, votre chien, c’est-à-dire une femme qui vous aime plus que
la
vie.
Juliette
a « réussis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
