« 18 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 241-242], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4246, page consultée le 26 janvier 2026.
18 mars [1843], samedi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon adoré, comment vas-tu, mon cher petit homme,
ce
matin ? Comment vont tes pauvres yeux, mon Toto ? As-tu pris quelque repos cette
nuit ? Il serait bien nécessaire que tu consultasses un oculiste, mon cher adoré,
pour
savoir où en sont tes yeux et ce qu’il y aurait à faire pour les guérir. Il me semble,
mon Toto chéri que, quelles quea soient les affaires qui t’occupent et qui t’intéressent, tes yeux
doivent passer avant tout. Peut-être n’y a-t-il presque rien à faire pour les calmer
mais encore faut-il le savoir et c’est pour cela, mon Toto bien-aimé, que je te prie
de consulter M. Louis ou un médecin spécial
pour ce genre de maladie.
Je t’aime, mon Victor. Je suis exaspérée quand je vois
de stupides crétins et d’infâmes canailles s’attaquer à toi. Et dans quel moment,
mon
Dieu ! celui où tu es le plus grand, le plus sublime et le plus divin des hommes et
des poètes ! C’est un acte d’audace aussi révoltant que ridicule et pour lequel on
n’a
pas assez de colère et de mépris. Je voudrais les tenir tous et leur tremperb le nez dans la ….. moins fétide et
moins bête qu’eux encore. Je suis revenue furieuse et indignée hier au soir. J’en
ai
rêvé toute la nuit. Je ne sais pas si c’est cela qui m’a donné mal à la tête mais
je
n’y vois pas ce matin. Ajoute que j’ai une affreuse cocotte qui pousse d’affreux cris
qui me fendent la tête, une imbécile de servarde qui vient de me briser un des lions
fantastiques en terre que tu m’avais donnés il y a bientôt un an, plus la nécessité
atroce de tailler quatre plumes et tu auras une idée de ce
que je dois souffrir dans ce moment-ci. Ce serait le moment de me mettre face à face avec tes ennemis. Je te réponds qu’ils en
verraient de drôles. Juju tourbillon de griffes leur
montrerait son savoir-faire en ce genre.
On vient de sonner chez moi pour une
quête en faveur des orphelins. Suzanne a
répondu que je n’étais pas visible et elle a bien fait. D’ailleurs, avec les filous
et
les voleurs qui courent, on ne peut pas se fier à ce genre de réclamations. Cependant,
s’ils reviennent et si tu le crois nécessaire, je donnerais ce que tu voudras. En
attendant, mon cher adoré, je te donne ma pensée, ma vie, mon cœur, mon âme.
Je
t’aime, je t’attends et je te désire. Tâche de trouver un petit moment dans la journée
pour venir m’embrasser, cela me guérira ma tête et cela me mettra de la joie et du
bonheur dans le cœur. Apporte-moi la lettre de Didine1 si tu peux. J’en aurai bien soin, je la mettrai avec les deux
autres. Je serai le monstre, le dragon qui gardera ton trésor. Je ne puis guère être
autre chose à présent. Il faut m’apporter cette lettre et toutes celles que tu
recevras plus tard. Entends-tu, mon cher petit et puis, il faut m’aimer un peu, moi
qui t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Comme le note Evelyn Blewer dans son édition, Léopoldine habite Le Havre depuis son mariage.
a « quelque soient ».
b « trempé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
