« 12 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 223-224], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4240, page consultée le 26 janvier 2026.
12 mars [1843], dimanche matin, 11 h. ¾
Comment vas-tu, mon pauvre bien-aimé, comment vont tes beaux yeux adorés ? Ton souper
ne t’a pas fait mal ? Quant à moi, j’ai été punie par où j’ai péché, j’ai souffert
toute la nuit de l’estomac ; décidément je ne peux plus souper, je suis une vieille
patraque. Je vais me mettre à la diète ce matin pour m’apprendre à baffrer le soir à des heures indues.
Quelle belle soirée
que celle d’hier, mon Toto, quelle magnifique représentation. C’est une des plus
belles que tu aies jamais euesa, mon Toto ravissant. Mais aussi c’est si beau, si
admirablement beau, si saisissant et si sublime que les intelligences les plus bornées
et les ennemis les plus féroces sont obligés d’admirer. Je t’aime mon Victor adoré,
je
t’aime autant que je t’admire. Tu es beau, tu es grand, tu es noble, tu es doux. Je
t’aime, mon cher petit Demi-Dieub.
Je voudrais bien te voir,
je voudrais te baiser à deux genoux car dans ce tourbillon d’admiration, c’est à peine
si j’ai le temps de te voir une seconde. Mon Toto chéri, est-ce que nous ne serons
pas
bientôt l’un à l’autre ? Est-ce que l’amour n’aura pas bientôt son tour aussi lui ?
J’ai faim et soif de tes baisers depuis si longtemps que je suis sevrée de tes
caresses. Je suis comme une pauvre affamée qui a perdu jusqu’au goût des aliments.
J’ai presque perdu le goût de tes baisers depuis si longtemps que tu ne m’en donnes
plus. Il me semble que la semaine qui va venir te délivrera de tout souci et de toute
occupation pour ta pièce, n’est-ce pas mon bien-aimé ? Alors tu me donneras quelques
jours de bonheur et la culotte tant promise, tant attendue
et tant désirée ? Ce ne sera pas un leurre comme toujours, n’est-ce pas mon Toto ?
Ce
serait bien méchant et bien cruel de ta part si tu me la refusais ou si tu l’ajournais
encore, ce qui revient au même. Mais non, mon cher adoré, je suis bien sûre que dès
que tu pourras me donner cette joie tu n’y manqueras pas. Il est impossible que tu
ne
répondes pas à l’amour que j’ai pour toi et que tu ne ressentes pas un peu des désirs
passionnés qui me brûlent. Je t’aime d’un amour dont il n’y a pas d’équivalent dans
aucun autre cœur que le mien. Il faut bien que tu m’aimes un peu. Je t’aime mon Toto
ravissant, je te le dis mal mais je le sens bien. Je n’ai pas d’esprit mais j’ai des
baisers et des caresses qui viennent du cœur.
Juliette
a « des plus belle que tu n’aies jamais eu ».
b « Demie-Dieu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
