29 avril 1842

« 29 avril 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 329-330], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9679, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien aimé, bonjour mon Toto chéri, je t’aime. Comment vas-tu ? Comment va mon autre petit Toto aussi que j’aime1 ? Bien, n’est-ce pas mes pauvres amours ? Je l’espère, je le désire de toute mon âme. Moi je suis toujours la même patraque, cependant je souffre moins ce matin que cette nuit et je pense qu’avec un peu de régime et des cataplasmes cela disparaîtra tout de suite2. Je crois aussi que si nous déjeunions plus souvent ensemble, les affaires n’en seraient que mieux et que je n’aurais pas tous ces malaises hideux qui se succèdent presque sans interruption depuis que vous vous EMPORTEZ si bien AU VIS-À-VIS de moi. Baisez-moi, mon Toto chéri, et pensez à ce que je vous dis parce que c’est très important. Mon Dieu, mon Dieu, quel beau temps, je ne sais pas comment sera le mois de mai mais je sais que je voudrais passer ces deux derniers jours d’avril avec vous sans vous quitter une seconde. Je donnerais deux ans de ma vie pour ces deux derniers jours déjà entamés. Mon Dieu, quel bonheur si tu venais me chercher tout à l’heure pour sortir avec toi toute la journée. Hélas ! c’est peu probable. Je t’aime, mon Toto chéri, je t’adore, mon beau petit homme, mais cela ne suffit pas pour être heureuse. Il faut que de ton côté tu me donnes un peu de toi en chair et en os et en âme, sans cela il n’y a pas de bonheur possible.

Juliette


Notes

1 François-Victor Hugo. D’une santé très fragile quand il était enfant, il tombera très souvent malade. Depuis le début du mois de février il souffre d’une grave maladie pulmonaire qui connait beaucoup d’améliorations et de rechutes dont la convalescence n’interviendra qu’à l’automne.

2 Depuis plusieurs jours, et même plusieurs semaines, Juliette se plaint de violentes migraines, de maux d’estomac, de coliques. Elle craint de retomber malade comme cela a été le cas au mois de février dernier.


« 29 avril 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 331-332], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9679, page consultée le 26 janvier 2026.

Encore une journée passée sans te voir, mon Toto chéri, encore une journée de bonheur de moins dans ma vie. Qui est-ce qui me la rendra, personne. Elle est perdue à tout jamais comme toutes celles que j’ai passéesa à t’attendre inutilement. Tu travailles, mon pauvre bien aimé, je le sais bien, mais cela ne suffit pas pour me faire prendre patience, au contraire, car je n’ai pas l’espoir que cela finisse jamais1. Je t’ennuie, mon pauvre ange, avec toutes mes plaintives rabacheries. Tu aimerais mieux moins d’amour et plus d’insouciance. Mais qu’y faire ? Tu me tuerais que je ne pourrais pas t’aimer moins, ce n’est pas ma faute. Baise-moi et tâche de venir le plus tôt possible me consoler. Je voudrais savoir comment va notre Toto2 et vous aussi, mon petit homme chéri. Moi je vais cahin-caha3. J’ai par précaution fait acheter de la farine de lin pour ce soir. Je n’ose pas prendre de bain ni de lavement dans la crainte d’un rhumatisme. D’ailleurs le régime et les cataplasmes doivent suffireb pour enrayer ce commencement de maladie. Mais il me semble que le grand air et le bonheur me guériraientc comme avec la main. Donned-moi zen Fouyou. Jour Toto, jour mon cher petit O, je suis une vieille bête et tu fais bien de ne pas m’écouter et JE T’EN AIME FIDELE SERVITEUR. Je dépose ici un million de baisers[Dessine] que je vous prie d’accepter. Si vous êtes bien gentil, comme j’aime à le supposer, vous viendrez me les rendre dès que vous aurez lu ce gribouillis. En attendant, je vous rebaise encore.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo assistait dans l’après-midi à la réunion de la Commission dramatique de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques. Il était question d’aider financièrement un jeune poète anglais, Williams Lake, à hauteur de 100 F.

2 François-Victor Hugo. D’une santé très fragile quand il était enfant, il tombera très souvent malade. Depuis le début du mois de février il souffre d’une grave maladie pulmonaire qui connait beaucoup d’améliorations et de rechutes dont la convalescence n’interviendra qu’à l’automne.

3 Depuis plusieurs jours, et même plusieurs semaines, Juliette se plaint de violentes migraines, de maux d’estomac, de coliques. Elle craint de retomber malade comme cela a été le cas au mois de février dernier.

Notes manuscriptologiques

a « passé ».

b « sufire ».

c  « guérirait ».

d  « donnes ».

e Tracé d’une bulle qui indique l’endroit où elle « dépose ici un million de baisers ».

© Bibliothèque Nationale de France

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.