20 mai 1839

« 20 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 185-186], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8332, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon petit homme chéri. Pauvre bien-aimé, j’espérais pour mon bouquet que tu viendrais cette nuit mais il paraît que tu n’as ni paix ni trêve ni fête1. Tu travailles toujours toujours. Je te plains, je t’admire et je t’adore. Sois béni. Claire est arrivée amenée par M. Félix au lieu de Lanvin à qui on a posé les sangsues hier et qui ne pouvait pas sortir aujourd’hui. La petite fille est toujours dans un état désespéré. Pauvres gens, pauvres gens. Il était, M. Félix, trop pressé pour aller aujourd’hui au Mont-de-Piété, je lui ai donné les reconnaissances et l’argent afin que lui ou Lanvin y aille demain parce [que] de toute façon, il faut ménager leur force et leur temps. Claire vous a fait une très belle grimace, du moins elle y a mis tout son savoir-faire. Il faut lui tenir compte de ses efforts. Comme c’était beau la représentation d’hier malgré l’insignifiance et l’insuffisance des personnages qui jouaient dans ton admirable MARIE TUDOR2. Ô si on pouvait jouer avec l’âme comme je serais une grande actrice dans tes admirables rôles ! Hier je sentais mon intelligencea et ma nature se développer et grandir sous ta poésie comme les fleurs sous les rayons du soleil.

Juliette


Notes

1 Juliette attend que Hugo lui souhaite sa fête, pour la Sainte-Julie.

2 Reprise de Marie Tudor. Juliette avait joué le rôle de Jane à la création à la Porte-Saint-Martin, en 1833, et avait chuté, ce qui mit bientôt fin à sa carrière.

Notes manuscriptologiques

a « inlligence ».


« 20 mai 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 187-188], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8332, page consultée le 26 janvier 2026.

Tellea que vous ne me voyez pas, mon Toto, je suis sous les armes et mes GENS aussi. Nous vous attendons de pied ferme, mais j’ai bien peur que nous en soyons pour nos frais de course car nous nous sommes dépêchésb. Dieu sait la vie. Au reste, je n’ai pas encore mangé ma soupe et je préfère vous écrire au risque de crever de faim, le cas échéant, que de manquer à ma prière du soir. Savez-vous, mon Toto, que c’est TIDEUX à vous de venir mettre le feu sous le ventre à ces pauvres femelles qui s’imaginent sur votre fallacieuse parole, que les opéras vont leur pleuvoir toutc rôtis dans le bec ? Mas moi qui vous connais de longue main, je les plains de tout mon cœur : hélas !!!!!d Je vous aime, mon Toto, je vous adore, mon petit homme. C’est toujours la fête pour mon amour et mon âme est toujours épanouie sous votre regard rayonnant. Ô oui, je t’aime, mon adoré, c’est bien vrai.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « Tel ».

b « dépéché ».

c « tous ».

d Les cinq points d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.