« 1 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 1], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1172, page consultée le 24 janvier 2026.
1er avril [1838], dimanche matin, 11 h. ¼
Bonjoura, mon adoré, bonjour, ma joie, bonjour, tu travailles donc toujours, mon pauvre
petit homme ? Pourtant tes yeux, tes chers beaux yeux sont bien malades [Lignes illisibles.] si je pouvais te prêter les miens, avec
quelle joie j’irais toutes les nuits te retrouver par la petite porte derrière. Tu
m’as promis que j’irais dans quelque temps passer la nuit dans ta belle petite chambre
et quoique ce ne soit pas dans un but de [dévouement ?] ni pour
t’empêcher de te fatiguer les yeux, je n’en suis pas moins au comble de la joie.
Pauvre adoré, j’ai parlé de [joie ?] et de bonheur dans un moment où tu
es peut-être auprès de cette pauvre Mlle Louise1 si malheureuse et si à plaindre, et quoique
cette mort ne me soit pas personnellement douloureuse je n’en suis pas [moins
d’ ?] une grande tristesse en pensant au chagrin de cette pauvre fille déjà
affligée et éprouvée par les maux de toutes sortes depuis qu’elle existe. S’il y a
une
autre vie, la pauvre femme devra avoir deux parts de bonheur pour tout ce qu’elle
a
souffert dans celle-ci.
Mon cher adoré, prends bien garde d’avoir froid, il fait
beaucoup de vent et parfois du soleil. C’est le plus traître temps pour donner des
fluxions de poitrine, avec cela que tu n’as pas fait faire tes gilets de flanelle.
Je
suis tourmentée. J’attends Mme Pierceaub. Si je peux avoir une des deux petites loges je te prie donc de me la
donner. Je ne me pardonne pas, quoique [ce] ne soit pas ma faute,
d’avoir manqué une représentation de MARION DE LORME. C’est
le seul moment car loin de toi mon cœur s’ouvre et se dilate. C’est si beau et si
consolant ce qui sort de ta belle et noble tête que mon plus grand bonheur après celui
de t’avoir dans mes bras, c’est d’entendre ta parole.
Juliette
1 Louise Bertin
venait de perdre sa mère.
a Dans le coin supérieur gauche de la première page, on lit : « 1er avril 1838 », ainsi que deux croix. Les ajouts sont-ils de Juliette ?
b Au-dessus de ces mots qui commencent la dernière page de la lettre, on lit deux fois « dernière page ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
