« 21 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 75-76], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5691, page consultée le 27 janvier 2026.
21 juillet [1837], vendredi matin, 8 h ¾
Bonjour, mon cher bien-aimé. Comment va notre chère petite malade1 ? Je me suis réveillée souvent la nuit en pensant à toi, à elle, à vous tous qui épiez nuit et jour le moment où la chère petite sera délivrée. Je vous plaignais et je vous enviais, car je suis jalouse des soins que vous lui donnez et auxquels je ne peux prendre aucune part. J’ai hâte de te voir pour savoir des nouvelles de la pauvre petite et puis pour baiser tes chers beaux yeux malades et fatigués. Claire n’est pas encore levée. Elle va déjeuner avec moi, après elle s’en ira à la pension. Je viens de relire ma chère petite lettre, je l’ai baisée sur toutes les lettres et cette nuit je tenais ma croix à deux mains2. Il me semblait que pendant 13 ans qu’elle t’a appartenua, elle avait dû prendre au frottement un peu de toi. Et je la baisais et je la caressais en conséquence. Je suis bête, n’est-ce pas ? Mais c’est mon plaisir à moi que d’être bête dans ces choses-là. Ainsi vous n’avez pas le droit de vous moquer de moi. Je voudrais bien te voir. Je suis impatiente de savoir le résultat de la nuit. Il fait si beau que cela doit influer en bien sur la santé de cette chère petite fille. Enfin je voudrais bien savoir ce qu’ilb en est au juste. Je vous aime tant tous. Que l’incertitude est affreuse ! Jour mon Toto.
Juliette
1 Allusion à la petite Adèle, dont l’état est toujours préoccupant après une fièvre typhoïde contractée fin juin.
2 Il s’agit de la croix de chevalier de la Légion d’honneur que Victor Hugo avait obtenue en 1825, et dont il a fait don à Juliette la veille.
a « appartenue ».
b « ce qui ».
« 21 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 77-78], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5691, page consultée le 27 janvier 2026.
21 juillet [1837], vendredi soir, 8 h.
Je vous écris de bonne heure et au grand jour, mon cher petit homme, dans le cas où
vous seriez assez bien avisé pour venir me chercher de bonne heure. Vous voyez bien
que je ne pense qu’à vous : je n’ai encore parlé que de vous, et je trouve ma
conversation la plus variée, la plus intéressante du monde, et cela me suffit.
Je suis bien contente pour vous tous, mon cher bien-aimé, qu’il y ait du mieux chez
cette pauvre petite Dédé1. Il est probable que M. Louis aura été prophète en
lui annonçant sa guérison pour dimanche. Est-ce que vous me
prenez pour une COCOTTE ? Je t’aime, toi. Je vous aime, vous. Si je pouvais vous
porter dans mes bras, vous en verriez de drôles. C’est pour le coup que je monterais
en diligence sans m’occuper de vos ZURLEMENTS. Malheureusement, vous êtes GRAND, TRÈS
GRAND, BEAUCOUP TROP GRAND, et je suis obligée de me hausser sur la fine pointe de
mes
gros pieds pour arriver jusqu’à votre bouche que vous avez la férocité de tenir en
l’air le plus que vous pouvez afin que je ne puisse pas y atteindre. Soirpa, soir man. Je vous aime. Je t’aime. Je vais relire ta bonne petite lettre pour mon
dessert. Elle est si bonne et si tendre, votre petite lettre, que c’est plus doux
et
plus suave au cœur que le miel de Chamonixa2 ne l’est à la bouche. Seulement vous ne m’écrivez pas assez
souvent, vieux avare. Je vous aime.
Juliette
1 Allusion à la petite Adèle, dont l’état était toujours préoccupant après une fièvre typhoïde contractée fin juin.
2 Élaboré en haute altitude, très rare, très recherché et très cher, le miel dit « de Chamonix » avait acquis sa réputation au début du XIXe siècle et était considéré comme l’un des meilleurs miels de France. Vendu à l’état liquide, d’un beau jaune d’or, il avait un goût de térébenthine.
a « Chammony »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
