31 août 1880

« 31 août 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 231-232 ], transcr. Emma Antraygues et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12924, page consultée le 26 janvier 2026.

Mon grand bien-aimé, je t’aime et je te souris. Je fais tout ce que je peux pour me cramponner à la vie aussi longtemps que tu y seras toi-même, au prix des plus vives et des plus atroces souffrances. J’espère que cette crise, une des plus dures dont je me souvienne, touche à sa fin et que je vais pouvoir faire moins piètre mine à l’accueil si cordial et si touchant de nos chers hôtes. Et à ce propos, j’appelle ton attention sur la promesse que tu as faite à Mme Charles Dorian, un peu légèrement, peut-être, en acceptant sa partie de voiture tant qu’elle ne l’offre qu’à toi et à moi. Je dis à moi parce que je m’en regarderais comme exclue si elle voulait, comme le jour de la revue, te confisquer à son profit et me confiner avec Lila dans une voiture à part, même avec son mari pour cocher. Cette prétention blessante, elle a eu le mauvais goût de vouloir l’imposer à Paul Meurice le jour de ton arrivée ici mais Meurice n’en n’a pas tenu compte et a bien fait. Sans parler d’un autre grief si étourdiment et si cavalièrement accompli sans souci des angoisses qu’elle a fait endurer pendant plusieurs heures à notre cher ami et à sa sœur Paule et dont elle ne s’est pas encore excusée directement envers lui. Tout cela fait un ensemble qui mérite bien que tu ne te prodigues pas, sans nécessité, à cette descente des Gengis Khan1. Quant à moi, je suis décidée à ne pas céder l’épaisseur d’un cheveu de mes droits et prérogatives d’être avec toi partout où tu es ou d’y briller par mon absence absolue. Cela dit, j’attends la susdite madame la tête haute, le cœur droit et l’âme ferme. Je t’envoie une pétition d’un malheureux banqueroutier (simple). Je crois que tu feras bien de l’apostiller. Enfin, mon cher bien-aimé, je fais tout ce que je peux pour ne pas vider mes étriers avant toi et ce ne sera pas de ma faute si je reste en route les quatre fers en l’air. Je vais achever de m’habiller pour aller au-devant de toi et pour être la première à te féliciter de ta bonne nuit et de ta belle santé. En attendant sois béni autant que tu es grand ; sois heureux autant que je t’adore.

[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
Veules


Notes

1 Tola Dorian était d’origine russe. Elle deviendra la belle-mère de Petit Georges.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française

  • AvrilReligion et religions.
  • 24 octobreL’Âne.