« 1 janvier 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 2-3], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12724, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 1er janvier 1880, jeudi matin, 8 h.
Cher bien aimé, je te souhaite à cette heure tout ce que tu m’as déjà souhaité à
moi-même dans ton adorable petite lettre d’hier. Les dernières épreuves douloureuses
de la vie ne nous sont point épargnées dans nos derniers jours, à moi, surtout, qui
avait mis tout mon bonheur en ton amour. Qu’est-ce que ta déception comparée à la
mienne ? J’espère que cette pauvre femme guérira ; je le désire pour toi et pour
elle ; je le demande à Dieu, en qui je crois, et j’associe à ma prière toutes nos
chères âmes afin qu’elles obtiennent tout ce qui peut te rendre heureux dans cette
vie.1
Je serais bien heureuse tout à l’heure d’apprendre que tu as passé une bonne
nuit. Cette nuit j’ai cru entendre frapper à ma porte je me suis précipitée hors du
lit en demandant : qui est là ? plusieurs fois répétés et à haute voix. Personne n’a
répondu. J’ai interrogé Célanie qui m’a dit
n’avoir rien entendu, ce qui m’a décidé à ne pas ouvrir ma porte dans la crainte de
trouver quelque malfaiteur mais je n’ai pas pu me rendormir. Il était deux heures
et
demie du matin. Tu m’as demandé de te remettre sous les yeux la listes des étrennes
de
la maison. La voici. J’y ajoute à la fin les étrennes des petits Koch240 F. Voilà, mon cher petit homme, le relevé que j’ai fait
dans mes livres des dépenses à la hâte car j’ai beaucoup à faire ce matin. J’aurais
voulu ne rien mêler à cette lettre toute de tendresse, d’espérance et d’amour mais
j’y
suis forcée puisque je suis seule à m’occuper de ta maison. Je vais aller tout à
l’heure t’embrasser et savoir comment tu as passé la nuit, te donner tes œufs3 et te
faire faire du feu. Pardonne-moi cet imbroglio de ménage et de tendresse. Souris-moi
et bénis-moi comme je te souris et comme je te bénis et confions-nous à Dieu pour
qu’il nousa
pardonne toutes nos fautes envers lui ainsi que celles que nous avons commises envers
nous-mêmes.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Mariette, servante au service de Hugo depuis 12 ans, a été transportée à l’hospice Saint-Anne sur prescription du docteur Boucherat le 30 décembre 1879. Hugo écrit à Juliette « Prions, ô ma douce bien-aimée, pour la pauvre femme accablée. Que Dieu lui vienne en aide ! » dans sa lettre du 31 décembre 1879, désignée ici comme son « adorable petite lettre d’hier ».
2 Enfants de son neveu (Jean-)Louis Koch.
3 Hugo avait l’habitude de manger deux œufs crus le matin. Il décide de noter cette habitude dans ses carnets à partir du 12 décembre 1879.
a « pour qu’il nous pour qu’il nous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
