« 8 octobre 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 279], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9914, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 8 oct[obre][18]72, mardi matin, 6 h. ½
C’est de mon lit, mon cher adoré, que je t’envoie mon bonjour, mon amour, mon cœur, mon âme. Je suis venue m’y refourrera en désespoir de cause après t’avoir attendu une demi-heure. J’y serais encore si je ne craignais pas d’augmenter un petit malaise que j’ai et qui demande de la chaleur. Quant à toi, mon cher bien-aimé, tâche de te reposer le plus longtemps possible et de récupérer tous tes sommeils perdus dans des nuits blanches. Déjà, pendant que tu dors, tu as évité le crève-cœur de voir arriverb et repartir le bateau qui a emmené tes chers petits-enfants il y a huit jours. Cette espèce d’évolution de cadran d’un fait qui intéresse le cœur, soit en bien soit en mal, fait revivre la joie ou la douleur dans l’âme comme au moment où on la ressentc pour la première fois. Aussi ai-je été péniblement impressionnée tout à l’heure quand j’ai revu passer sous mes yeux ce triste bateau dont la fumée emplissait l’horizon comme un crèpe de deuil. Heureusement, je le répète et je l’espère, tu n’as pas pu le voir. Dors, mon cher bien-aimé, et que ton réveil soit béni comme l’est ton sommeil. C’est aujourd’hui que tu attends une lettre de ton cher P. Meurice. Je serais bien contente s’il pouvait venir passer quelques jours auprès de toi. Ce serait un ravitaillement de cœur et d’esprit dont tu dois avoir grand besoin réduit comme tu l’es à mon unique amour et aux deux pauvres vieux rabâchages, celui de Mme Chenay et le mien, tous les soirs. Ce maigre régal ajouté à celui que nous a servi la Suzarde hier demande un fort supplément et je te le souhaite ardemment. Je t’embrasse avec adoration.
a « refourer ».
b « arrivé ».
c « l’a ressents ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.
- 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
- 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
- 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
- 16 marsActes et Paroles.
- 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
- 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
- 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
- 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.
